Un film de procès différent des autres dans le sens où le réalisateur s’attarde longuement sur le silence et sur la peine qui en découle(ra). Il y est question de jurés récusés par la Cour, sans plus d’explications. Troisième film d’une trilogie, après « Party girl » et « Petite Nature », Samuel Theis, veut filmer une région qu’il connaît bien, devenue un no man’s land, après l’extinction progressive de tous les bassins de Longwy, bref, la Moselle, un département sinistré dans lequel, se côtoient et se mélangent des populations arrivées au temps du travail à profusion. L’intérêt du film réside dans le regard que Fabio, homme taiseux, renfermé sur lui-même, va porter sur le jeune accusé de pyromanie ayant abouti à la mort d’un pompier. Ce jeune a fait appel d’un jugement en première instance l’ayant condamné à 12 ans de prison. Son silence va peser lourd dans la balance et ce ne sont pas ses rares interventions coléreuses qui vont l’aider. Fabio, juré, est sans doute l’un des plus impliqués dans la délicate décision de réduire ou augmenter la peine. L’échange de regards entre l’accusé et Fabio en dit long sur leur incapacité respective à formuler leur ressenti. Ici, il est question d’exister : l’accusé par sa fascination pour le feu, Fabio, par sa fascination pour une femme de 20 ans son aînée, qu’il n’assume pas et cache à son entourage. Une masculinité vulnérable, vascillante, pleine de silence et de fêlure. «Il y a plein de mecs comme lui dans la vie, cassés». Fabio et quelques jurés auraient préféré une réduction de peine assortie d’une injonction de soins et d’un suivi socio-judiciaire. Exclure de la société un être au risque de le rendre pire à sa sortie? Ce procès sera un déclic pour Fabio, lequel va s’assumer aux yeux de tous. Un peu, beaucoup fâcheux que la sortie du film coïncide encore avec une affaire de Trop.