La vie de Gilbert est – comme pour tout le monde – une pure routine, et c'est là, dans une touche à la fois subtile et fugace, que Manuel de Oliveira livre son observation la plus poignante sur la façon dont nous attendons la mort tandis que la vie continue, insouciante sans nous, encore que Gilbert est reconnu, une galériste qui le voit regarder un tableau exposé en vitrine vient lui demander un autographe après que deux jeunes femmes ont fait de même.
Gilbert prend son café chaque matin dans le même café parisien, s'asseyant à la même chaise, à la même table, et lisant toujours le même journal, Libération. Au moment où il se lève pour partir, un autre homme entre, s'assoit à la même table et déplie son exemplaire du Figaro. Cela se répète jour après jour.
Un matin, l'autre homme arrive tôt et prend une autre table. Lorsque Gilbert libère sa table habituelle, il se lève avec empressement pour s'y installer – avant d'être devancé par un inconnu qui s'assoit avant lui.
Nous avons – beaucoup d’entre nous - notre café, notre table ou notre place au bar, c’est la preuve, la manifestation pour nous-même que nous sommes en vie, des fantômes, certes, mais en vie...
Et puis tout a une fin...
Manuel de Oliveira filme tout cela avec une finesse, une douceur et en même temps un détachement qui font de ce film un rare – très rare – chef d'œuvre.