Pendant longtemps, Je suis toujours là n'est qu'une accumulation de scènes banales du quotidien, dans une maison bourgeoise de Rio. Les enfants jouent pieds nus dans la rue, la mère fait la planche dans une eau turquoise, le père s'interrompt dans une réunion de travail pour baptiser le petit chien trouvé par son fils. Les Paiva ressemblent fort au foyer heureux et sans histoire. La violence à venir, que l'on devine quand même grâce aux rares signes renvoyant à la dictature, gronde au loin seulement.
C'est là où réside la force du film de Walter Sellers : même après l'arrestation du père, la déflagration qui apparaît à l'écran - il y en a bien d'autres, mais tues, hors champ - est celle qui touche ce quotidien. Je suis toujours là est un album de famille déchiré au milieu, à jamais marqué par la disparition injuste d'un homme dont le crime fut de penser par lui-même.
La dictature militaire brésilienne n'est ainsi pas dépeinte frontalement, mais à travers le regard d'enfants abasourdis de voir leur père disparaître sans raison du jour au lendemain. Celui-ci deviendra l'un des visages de la résistance, l'un de ceux qu'on reverra des décennies plus tard, indispensables au devoir de mémoire des générations futures, faisant de manière posthume la fierté de ses proches endeuillés, émus de trouver enfin un sens à ce drame qu'ils n'oublieront jamais, pas même dans les affres de la vieillesse.