La gravité médiatique et historique des événements à la base du film lui donnent un sujet, mais il est clair qu'il s'agit avant tout d'un film de deuil, qui déploie deux propos : en 1, l'effort que fait un parent pour préserver ses enfants lors d'un drame est héroïque, et en 2, il est plus terrible de faire face à la disparition qu'à la mort d'un être cher. Je pense qu'il y a un milliard de faits divers qui auraient pu déployer ces deux propos, et le film n'utilise pas tellement son sujet, le fait historique, pour autre chose sur le plan émotionnel. Ce qui nous marque, c'est cette mère qui rentre chez elle, a surmonté des difficultés terribles, et comprend qu'elle va devoir s'occuper seule de tous ses enfants, qui regarde les photos de famille avec nostalgie etc... Le genre de vie qui concerne des millions de femmes dans le monde, qui vont sans doute malheureusement s'identifier et pleurer devant ce film qui à mon sens ne le mérite pas vraiment sur le plan esthétique.
D'autre part, c'est très plat, ça fait l'éloge de la notion de famille, les personnages sont systématiquement irréprochables, tous les obstacles sont surmontés par l'effort et l'abnégation et finalement, tout est sauf, il n'y a rien de subversif, aucune dialectique n'est déployée. Par exemple, le fait que la mère cache des choses à ses enfants n'a aucune réelle conséquence négative.
C'est un peu le problème lorsqu'on fait un biopic avec l'envie de rendre hommage au matériau de base, on l'idéalise au lieu de le rendre crédible. Par exemple, détail tout bête, mais on dirait que les actrices qui jouent les filles de la famille ont été castées par Abdellatif Kechiche, or les vraies personnes sur les photos ne respirent pas franchement la fraîcheur de la jeunesse, tout comme le petit frère handicapé à la fin qui a le physique d'un bodybuilder alors qu'il passe sa vie dans un fauteuil roulant. Un film qui m'agace rien qu'à en regarder l'affiche.