Il y a dans cette histoire une pesanteur implacable très bien rendue par Goretta, propre peut-être à ces villages isolés et peu habités de la haute montagne suisse. Comme si l'altitude paradoxalement infligeait aux esprits qu'elle héberge un poids qui leur laissent le choix entre devenir fous ou aveugles, durs ou misérables. On retrouve d'ailleurs ce fatum dans le film de Fredi Mürer (Höhenfeuer).
L'action parfois se suspend comme un arrêt sur image - il y en a de fait un véritable - pour laisser place à une voix off aux accents de film d'art de la télé des années 50-60. Elle nous rappelle quelques lignes du texte de Ramuz, tout emprunt justement de ce mouvement qui va de la pierre au feu et y revient. C'est la cas de Jean-Luc, peu préparé aux tours d'esprit de sa femme et son infidélité avouée et qui va se brûler l'esprit en essayant de l'apprivoiser. La mise en scène est d'une authenticité sans faille, le noir et blanc est rude et aveuglant comme les hivers et les soleils de brume de ces paysages. Une bonne adaptation.