Un polar classique et prévisible, certes, mais j'ai beaucoup aimé le personnage tourmenté de Samuel Gold qui communique une légère mélancolie à l'histoire. Le film réussit bien à nous faire ressentir le poids religieux et familial qui l'écrase, son ivresse lors de la découverte du monde extérieur à sa communauté puis du milieu de la drogue, et sa panique enfantine lors de sa chute. Eisenberg, dans une composition comme toujours à fleur de peau, parvient sans peine à monopoliser l'attention et à créer une énorme empathie pour son personnage complexe. Mélange de naïveté, d'ambition et de colère, Samuel Gold n'est pas particulièrement sympathique et n'a pas la carrure d'un héros, mais Eisenberg a le don pour communiquer des émotions vraies. Interprété par un autre acteur, je pense que je me ficherais de ce qui lui arrive. Même si la mise en scène n'est pas remarquable et le scénario pas original, on peut reconnaître une qualité essentielle à ce film : le choix de son acteur principal. Si le film fonctionne et touche parfois, c'est surtout grâce à lui.
Eisenberg a merveilleusement réussi à nous faire vivre les bouleversements intérieurs successifs vécus par son personnage, tout en restant mystérieux et insaisissable. Sa colère et sa frustration contenues face à la rigueur de sa religion, la perspective d'une vie toute tracée par sa religion et ses parents (mariage arrangé, carrière de rabbin imposée par le père) et le manque d'argent de sa famille, son entrée dans le monde extracommunautaire et la confrontation brutale avec le monde de la nuit, du trafic de la drogue, des boîtes de nuit, de l'alcool, des femmes, l'ostracisation par sa famille et la communauté, le rejet de la religion juive et la plongée dans le trafic de drogue, et la chute inévitable. Comme souvent avec Eisenberg, le vrai sujet du film, c'est la perte de l'innocence de son personnage. En quittant sa communauté, en devenant trafiquant de drogue et en rejetant sa religion, Samuel s'émancipe mais se perd. Ce qui frappe, c'est que Samuel n'est jamais totalement heureux, dans ou hors de sa communauté. Ses moments de bonheur sont brefs, intenses mais superficiels. Il n'est jamais à l'aise, déchiré entre deux mondes et deux vies inconciliables. C'est cette sensation perpétuelle de vivre loin de ses racines qui fait planer un voile de spleen sur le film et hante le regard bleu-gris mélancolique d'Eisenberg.
Je retiens quelques scènes bouleversantes, comme celle très violente du bannissement par le père et celle où Samuel, après avoir rejeté sa religion, se remet à prier et remet des téfilines en pleine rue, ou la maladresse corporelle et le regard d'enfant intimidé de Samuel quand il découvre les boîtes de nuit.
Si vous espérez voir un polar haletant et spectaculaire, vous risquez d'être déçus. Mais vous pouvez être touché par le parcours étrange de ce jeune homme qui tente de se couper de ses racines mais n'y parvient pas. Finalement, c'est plus un portrait psychologique qu'un polar. Ce que ressent Samuel est plus important que ce qu'il fait. Sur ce thème de l'amour/haine envers ses racines, je rapprocherais ce film de "Danny Balint" avec Ryan Gosling.