La jeunesse triomphante et la maturité convalescente

Sorti en 2016 et réalisé par Pedro Almodóvar, Julieta raconte l'histoire d'un drame familial. C'est un genre, le drame, dans lequel le réalisateur excelle. Ce n'est que mon avis, mais je le trouve bien plus à l'aise dans ce registre que dans celui de la comédie. Et Julieta ne fait pas exception, c'est un drame très réussi. Ici, on rentre dans l'intimité d'une femme Julieta, interprétée par deux actrices différentes Adriana Ugarte (Julieta jeune) et Emma Suarez (Julieta plus âgée) encore jamais apparues dans la filmographie de Pedro Almodovar.

Julieta est une femme d'âge mûr (autour de la cinquantaine) qui vit dans un très bel appartement à Madrid. Neanmoins, elle se prépare à changer de vie, puisqu'elle s'apprête à déménager pour le Portugal pour suivre son compagnon Lorenzo (Dario Grandinetti). Mais voilà qu'elle tombe par hasard sur Beatriz (Michelle Jenner) une ancienne amie de sa fille Antia. Elle lui raconte avoir croisé Antia, mais on comprend très vite que Julieta n'avait plus eu de nouvelle d'elle depuis très longtemps. Cette rencontre fortuite change tous ses plans, elle ne veux plus quitter Madrid et donc abandonne son compagnon. Elle n'a plus qu'une seule chose en tête, renouer le contact avec sa fille. Et pour cela, elle replonge dans ses souvenirs ...

C'est à travers des flashbacks que l'on va connaitre toute l'histoire de Julieta et ça commence dans les années 80 à bord d'un train. Elle va y rencontrer Xoan (Daniel Grao) le père de sa fille Antia et de fil en aiguille on va comprendre pourquoi, plus tard, elle ne donnera plus de nouvelles à sa mère. Julieta est un pur drame, sans la moindre lueur de soleil et sans le moindre rire. On s'attache tout de suite cette femme, car avant que la fatalité ne la frappe, il y a tous les petits bonheurs qui la rend si touchante. Et si par moment on est à la limite du pathos, on ne franchit jamais la frontière.

D'abord campé par l'actrice Emma Suárez, le rôle de Julieta est ensuite confiée à Adriana Ugarte lorsque le film bascule dans les flashbacks. Emma Suarez et Adriana Ugarte et sont magnifiques sous la caméra de Pedro Almodovar et il est absolument fascinant de constater à quel point les deux actrices se ressemblent et diffèrent à la fois. Le passage d’une actrice à une autre se résume à lui seul par un plan magnifique, celui par lequel Antia lève la serviette de bain recouvrant le visage de sa mère à 30 ans pour dévoiler celle qui en a 50. Cette scène est reprise pour en faire l'affiche du film avec Adriana Ugarte transformée en Emma Suárez par la magie d’une serviette de bain. Et Comme toujours avec le réalisateur hispanique, sur un plan visuel c'est un pur régal, couleur flamboyantes, cadrages élégants, intérieurs et tenues très colorées ... la patte de l'auteur est immédiatement reconnaissable.

Mais il serait difficile de continuer de parler de ce film sans évoquer le drame qui se cache en son centre ...

Le drame en question, c'est la mort de Xoan noyé en mer, dont Julieta n'arrive pas à faire le deuil. Il y a le deuil impossible d’Antia qui navigue dans un état incertain, imaginé et insupportable dans l’esprit de sa mère. Mais le vrai malheur arrive par la bonne maléfique, incarnée par Rossy de Palma, qui semble sortir d'un film d'Alfred Hitchcock (on pense tout de suite à la gouvernante dans Rebecca). C'est elle qui fait porter toute la responsabilité de la mort de son père sur sa mère.

Et puis il y a la conclusion de cette histoire qui est brillante ...

L'ainé des trois enfants d'Antia, qui porte le même prénom que leur père Xoan, est mort noyé à neuf ans et elle entrevoit malheureusement par ce terrible évènement la douleur qu’elle a infligée à sa mère.

Bref, le Pedro Almodovar version 2016 est un très bon cru. Son style est épuré ici, pour servir un propos fort, celui de l'absence, de la mort et des remords, mais aussi de l'amour que porte une mère à sa fille. Pedro Almodovar aborde toujours les même thématiques sans jamais lasser ... signe d'un réalisateur d'exception.

Créée

le 30 juin 2026

Modifiée

le 30 juin 2026

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lessthantod

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