Jumeaux ou l’improbable fraternité : quand le burlesque rencontre le mythe génétique

Sorti en 1988 sous la houlette d’Ivan Reitman, Jumeaux, comédie américaine à succès, constitue une curiosité cinématographique autant qu’un produit typique de son époque. Porté par l’association insolite – et pour tout dire détonante – d’Arnold Schwarzenegger et Danny DeVito, le film explore le thème archétypal de la gémellité par le prisme de l’absurde et du comique de contraste. Il en résulte une œuvre inclassable, oscillant entre satire légère, fable morale et divertissement familial calibré.


L’intrigue, fondée sur une prémisse hautement fantaisiste, fait le pari risqué d’une génétique fictionnelle : à la suite d’une expérience scientifique visant à créer l’être humain parfait, naissent deux jumeaux aux antipodes l’un de l’autre. Julius Benedict (Schwarzenegger), élevé dans une île isolée, incarne l’excellence physique, morale et intellectuelle ; Vincent (DeVito), son frère caché, abandonné à la naissance, se révèle petit, roublard, égoïste et résolument urbain. Lorsque Julius découvre l’existence de Vincent, il se lance dans une quête fraternelle qui prend vite les allures d’un road movie truffé de péripéties rocambolesques.


La force comique du film repose principalement sur la dissonance entre les deux protagonistes, dont le duo improbable fonctionne à merveille. Schwarzenegger, alors au faîte de sa carrière de héros d’action, s’essaie ici avec une autodérision notable à la comédie, révélant une candeur touchante et un sens du timing comique insoupçonné. À ses côtés, Danny DeVito, expert du rôle de loser sympathique, déploie toute sa verve pour camper un personnage aussi odieux qu’attachant. Ce contraste morphologique et comportemental est le moteur essentiel de la narration, et Reitman l’exploite avec une efficacité presque mécanique.


Cependant, derrière les éclats de rire et les gags volontiers caricaturaux, Jumeaux cache une réflexion plus fine sur l’identité, la nature contre la culture, et le poids de l’héritage familial. Si le scénario flirte avec la simplification (les dichotomies bien/mal, fort/faible, éduqué/instinctif sont ici très marquées), il parvient néanmoins à susciter une certaine émotion, notamment dans le dénouement, qui prône l’importance du lien fraternel par-delà les déterminismes biologiques.


Sur le plan de la réalisation, Ivan Reitman signe une mise en scène fonctionnelle, sans éclat mais maîtrisée, au service des acteurs et du rythme. Le film, typique des productions hollywoodiennes de la fin des années 80, mise sur une bande-son dynamique, un montage rythmé et une direction artistique colorée, parfois proche de la caricature visuelle.


S’il n’évite pas certains poncifs – notamment dans le traitement des rôles féminins, relégués au rang de faire-valoir romantiques – Jumeaux conserve une fraîcheur désarmante, en grande partie grâce à la sincérité du tandem principal. À défaut d’être une grande œuvre du septième art, il s’impose comme une comédie populaire réussie, portée par une alchimie rare et un humour gentiment subversif.


Près de quatre décennies après sa sortie, Jumeaux demeure un exemple savoureux de détournement de casting et d’alliage improbable entre muscle et malice. En somme, une comédie à la fois naïve et futée, qui célèbre l’imperfection avec tendresse, et dont la bizarrerie assumée a su traverser le temps sans trop perdre de son charme.

Kelemvor

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