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le 2 nov. 2024
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Mais quand va s'arrêter ce cher Clint ? Parce qu'il ne faut pas oublier que le dernier géant du cinéma hollywoodien va aujourd'hui vers ses 95 ans, qu'il aura le 31 mai prochain ! Cela fait quelques films qu'on pense être le dernier... eh bien non, ce n'est pas le dernier. Egoïstement, nous, spectateurs fidèles, n'avons aucune envie qu'il s'arrête un jour et pourtant, cet homme n'est pas éternel, même si nous l'espérons secrètement.
Dans tous les cas cet homme a une faculté de visiter la psychologie humaine, et même de nous parler des tourments de l'âme humaine comme personne. Cette pensée me fait sourire car en sortant de la séance, j'ai entendu une dame dire que ce film l'avait bien tourmentée.
Il est vrai que Juré n°2 a de quoi en tourmenter plus d'un. Car il nous met devant nos responsabilités. En tout cas c'est le cas pour ledit juré n°2, j'ai nommé Justin Kemp, interprété par un Nicholas Hoult décidément très inspiré. Sa performance est bien réelle, tant on ressent en même temps que lui le réveil d'un vieux souvenir jusqu'à le mettre en prise avec un cas de conscience inextricable tant cela engendre bien des tourments. Pourtant on croyait se diriger vers un film fleuve de procès. Ce n'est pas tout à fait le cas. Le procès en lui-même n'est ni trop long, ni trop court, faisant suite à une présentation rapide mais néanmoins efficace des différents protagonistes principaux et, séquence suffisamment rare pour être signalée, la sélection des jurés. Et en même temps que ces derniers, on découvre l'affaire pour laquelle Eastwood nous a invités, et au cours de laquelle le spectateur va être plongé en plein dilemme moral. Parce que oui, chaque personne peut se voir dans ce cas de figure, à condition toutefois qu'elle soit dotée d'un minimum de sens moral.
Après on peut se demander si Eastwood ne profite pas du scénario écrit par Jonathan Abrams lui-même parti d'une anecdote bien réelle :
En effet, il aidait l'un de ses amis procureur à donner une tonalité hollywoodienne à son argumentation : "Un jour, alors que j’assistais à la sélections des jurés, comme on le voit dans le film, chaque personne qui avait été convoquée cherchait à être dispensée et le juge ne voulait rien savoir. Je me suis demandé quels propos tenus par l’un des jurés potentiels pourraient lui permettre d’être dispensé – et, pour m’amuser, je me suis dit que si l’un d’entre eux s’identifiait au criminel, on assisterait alors à un conflit d’intérêt ! Ça a été le déclencheur (...)
Propos recueillis sur le site Allociné, section secrets de tournage.
Et pour reprendre ce que je disais, je me demande si Clint Eastwood ne profite pas du scénario qui lui a été présenté pour faire un procès à la justice en elle-même et plus en particulier sur ses superficialités jusque dans l'enquête, pour faire un procès à l'intrusion de la politique dans les affaires criminelles, et un procès sur le sens des responsabilités de chacun comme en témoigne ce plan plongeant sur la procureure assise sur le banc avec le symbole de la justice perché sur elle au premier plan. Il n'empêche que le procès en lui-même manque selon moi de quelques belles envolées, mais j'ai aimé le mixage des deux plaidoiries pour mettre en opposition chaque élément important.
En fait Juré n°2 regorge de symboliques, d'idéaux, d'humanisme, qui plus est servi par des acteurs à la hauteur des attentes du réalisateur et du scénariste. Parce que non seulement on voit la coquille de l'assurance en apparence indestructible se fissurer chez Faith Killebrew (Toni Collette), et la renaissance en apparence promise chez Justin Kemp voler possiblement en éclats, mais en plus Nicholas Hoult, qui interprète le rôle-titre, montre un panel de jeu d'acteur assez impressionnant, en passant de l'homme rassurant à l'homme en prise avec un sacré cas de conscience que nul ne voudrait avoir dès lors qu'on a une véritable conscience. C'est impressionnant de voir les yeux rougir à vue d’œil !
Alors bien sûr, impossible de ne pas avoir une pensée vers 12 hommes en colère, ou Le cas Richard Jewell. On peut même presque dire que c'est un mix de ces deux films. Cela prouve une chose, c'est que ce diable de Clint Eastwood avait encore des choses à dire sur ces genres de sujets.
Clint Eastwood serait-il alors un humaniste ? Je dirai que oui. Est-il idéaliste ? Là aussi je répondrai oui, du moins je le constate au fur et à mesure que son âge avance. Il faut dire que quand on voit ce que le monde devient... il y a de quoi regretter les temps anciens pas si anciens que ça. Après tout, ce qui était bien est toujours bien, et ce qui est mal reste mal même si de plus en plus de monde se met des œillères tout simplement parce que c'est plus confortable sur l'instant.
En résumé, excusez-moi du terme que je n'ai pas pour habitude de prononcer, mais Juré n°2 est un putain de film fait par un putain de réalisateur et avec un putain d'acteur dans le rôle principal.
Créée
le 31 déc. 2024
Critique lue 50 fois
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