Quand j'ai lu des articles dans la presse sur ce film à sa sortie, j'ai immédiatement pensé au "septième juré" de Lautner avec Bernard Blier, réalisé en 1962 …
Je viens enfin de visionner le film de Eastwood et effectivement, l'idée de base est bien la même ; c'est tout-à-fait intéressant d'analyser comparativement le traitement de la culpabilité et de la vérité à travers le prisme de la justice française ou américaine et à travers deux époques quand même assez différentes, les années 1960 en France et 2020 aux USA.
Prévoyant de revoir "le septième juré" demain, il n'est pas impossible que je revoie ce que j'écris aujourd'hui afin de réajuster mes deux textes. Par défaut, je cale la note de "Juré n°2" à 9 comme "le septième juré" et statuerai demain si je maintiens l'équilibre du fléau (de ma justice …). cf dernier paragraphe en italique.
Le film de Eastwood décrit par le menu le mécanisme d'une erreur judiciaire. L'accusé est pratiquement désigné coupable d'office. En effet, beaucoup de choses l'accablent à commencer par son passé et par la scène violente dans le bar au sein du couple fortement alcoolisé que plusieurs bonnes gens s'empressent de filmer avec leur portable. Pour une fois qu'on peut démontrer – par l'image – un féminicide par les temps qui courent, on ne va pas se gêner (des fois que ça pourrait même rapporter) ! Du coup, l'enquête policière n'a pas remis en cause les témoignages et s'est contentée de gérer les évidences. Et surtout, personne n'en aurait rien su s'il n'y avait pas eu ce juré, bien sur sa personne, futur père de famille, qui se sent brusquement impliqué dans cette affaire.
On peut donc légitimement s'interroger sur le nombre potentiel d'erreurs judiciaires qui peuvent se produire en toute bonne foi !
Et pourtant, le système judiciaire, que Eastwood décrit sans le contester, est certainement performant dans le sens où un jury populaire va avoir le dernier mot en fonction des éléments présentés par des magistrats professionnels. Sans oublier le fondement de la justice où c'est à l'accusation de démontrer la culpabilité.
Cette justice en démocratie, c'est un peu comme disait Churchill à propos de la démocratie, "c'est le pire système de gouvernement à l'exception de tous les autres qui ont été expérimentés dans l'Histoire."
Et Eastwood d'aligner tous les verrous censés éviter un dérapage de cette même Justice ; mais force est de constater, dans cet exemple, que la vérification de la qualité des jurés par le procureur et l'avocat comporte des trous dans la raquette, que les jurés eux-mêmes ont leur expérience et leurs contraintes personnelles susceptibles d'altérer leur jugement, que la procureure a aussi à gérer son ambition professionnelle, que l'avocat, commis d'office, n'a peut-être pas usé de toute son énergie, que etc …
Donc, à la fin, si la culpabilité ne peut pas être reconnue par le système judiciaire, tout se ramène à un problème de conscience individuelle.
Et c'est bien le sens de la scène finale qu'Eastwood a choisi (parmi d'autres scènes finales tournées). Le juré n°2, jeune père de famille, mari attentionné, homme propre sur lui (malgré un passé d'alcoolique) devra vivre avec la conscience qu'un autre passera sa vie en prison à sa place.
Film passionnant, bien interprété notamment par Toni Collette dans le rôle complexe de la procureure qui nous laisse une certaine latitude pour méditer … Le choix d'un acteur, Nicolas Hoult, qui ne semble pas être une grande star, pour le rôle du juré n°2, me parait pertinent pour "banaliser" le message relatif à ce couple diabolique Culpabilité / Vérité. En chacun de nous, n'y a-t-il pas une petite part de juré n°2 ?
Comme annoncé, j'avais besoin de revoir "le septième juré" pour comparer ce que Lautner et Eastwood font de la culpabilité : même si je ne retire rien de ce que j'ai écrit, le traitement est néanmoins différent chez les deux cinéastes ; on peut le justifier par une évolution de la société (française ou américaine) entre les années 1960 et actuelles 2020. Eastwood préfère laisser son héros libre de gérer sa culpabilité. Tandis que Lautner va plus loin en faisant intervenir la société pour gérer la culpabilité du septième juré en s'assurant d'un "pas de vague" susceptible de remettre en cause un ordre établi. Là où Eastwood et Lautner se rejoignent, c'est pour nous dire que la Vérité n'est pas toujours Juste …
Pas de changement de note : "Juré n°2" et "Septième juré" restent à 9