Quand Kickboxer sort en 1989, Jean-Claude Van Damme vient tout juste d’exploser avec Bloodsport. L’industrie le regarde déjà comme le nouveau prince du cinéma d’action, et ce film va sceller son statut de star internationale. Plus qu’un simple film de baston, Kickboxer est un concentré de ce que les années 80 savaient faire de mieux : du style, du muscle, et cette croyance sincère que l’entraînement intensif peut venir à bout de n’importe quel démon, surtout quand il a les cheveux gras et qu’il casse des colonnes vertébrales avec ses coudes.
L’histoire est simple, presque archétypale : Kurt Sloane, interprété par un Van Damme affûté comme jamais, part en Thaïlande pour venger son frère, brisé sur le ring par le redoutable Tong Pô. La suite ? Une initiation spirituelle, des coups de genou dans des palmiers, de l’amour, du sang, et un combat final mémorable dans un temple, pieds nus sur du verre pilé. C’est du mythe grec en short de boxe. Le scénario est cousu de fil blanc, on le sent venir à dix kilomètres, mais on s’en fout — parce que Kickboxer ne joue pas la surprise, il joue l’efficacité.
Là où le film fait mouche, c’est dans son atmosphère. Tourné en grande partie en Thaïlande, il dégage une vraie chaleur, presque moite, entre temples bouddhistes et jungles baignées de soleil. L’entraînement de Kurt, à coups de bambous et de seaux d’eau, évoque les rituels de Karate Kid mais avec la brutalité d’un vrai film de baston. Van Damme y chorégraphie lui-même les combats, et ça se sent : les enchaînements sont fluides, précis, avec une lisibilité qui manque cruellement aux blockbusters d’aujourd’hui. Il est au sommet de sa forme, chaque coup est millimétré, chaque coup d’œil caméra est iconique.
Bien sûr, tout n’est pas parfait. Les dialogues sont parfois d’une naïveté confondante, les seconds rôles un peu plats, et certains moments flirtent avec le nanar pur (on pense à la scène de danse dans le bar, où Van Damme enchaîne les pas de salsa en t-shirt débardeur, manifestement possédé par un démon du groove). Mais ce kitsch assumé fait aussi partie du charme. C’est un film qui ne triche jamais avec ce qu’il est. On n’est pas là pour philosopher, mais pour voir un homme apprendre à casser des briques avec ses tibias.
Ce qui rend Kickboxer si marquant, c’est qu’il a cette sincérité brute qu’on ne retrouve plus vraiment aujourd’hui. À une époque où le cinéma d’action cherche encore sa place entre Schwarzenegger et Stallone, Van Damme impose une nouvelle figure : celle du combattant-poète, du type doux qui fait des grands écarts sur deux chaises, qui ne parle pas beaucoup mais qui cogne avec style. C’est probablement le rôle qui résume le mieux sa carrière.
Plus de trente ans après, Kickboxer reste l’un des films les plus emblématiques de JCVD. Non pas pour son originalité, mais parce qu’il incarne parfaitement ce que le public attendait — et attend encore — d’un film de baston : du cœur, des coups, et un héros qu’on croit sincèrement capable de tout. On en ressort avec des bleus dans l’âme, des envies de voyager en Asie… et peut-être de faire le grand écart entre deux plans de travail.