Adapter un manga fleuve en live-action est souvent un exercice suicidaire qui finit en cosplay embarrassant. Pourtant, Shinsuke Sato évite le crash industriel et livre une fresque d’action généreuse qui déploie une énergie cinétique réjouissante. C'est du grand spectacle nippon qui ne s'excuse jamais d'être ce qu'il est, à des années-lumière de l'anémie de nos reconstitutions historiques hexagonales subventionnées et poussives.
Le souffle du Shōnen
La véritable force de cette adaptation réside dans sa plastique irréprochable. On sent que le budget est à l'écran : les décors colossaux des studios de Xiangshan et la photographie de Taro Kawazu confèrent à l'ensemble une ampleur épique indéniable, rappelant par moments la grandeur d'un Kurosawa version blockbuster moderne. Le film assume totalement son ADN : c’est exalté, bruyant, et redoutablement efficace dès que le métal s'entrechoque.
Quelques rhumatismes narratifs
Tout n'est pas parfait, loin de là. Le film souffre d'un "pacing" parfois laborieux. Avec plus de deux heures au compteur, les intrigues de cour et les tunnels de dialogues sur la "gloire" et les "rêves" alourdissent inutilement la narration. On frôle parfois l'indigestion lors des segments politiques qui manquent de la finesse nécessaire pour captiver entre deux charges de cavalerie.
Verdict
Malgré des longueurs et un antagoniste au CGI douteux, Kingdom est une proposition de cinéma viscérale qui compense ses faiblesses par une générosité de tous les instants. Kento Yamazaki et Ryo Yoshizawa habitent leurs rôles avec une intensité qui finit par emporter l'adhésion. Un divertissement solide qui prouve que le Japon sait encore faire du cinéma de genre avec du panache.