Tout ce par quoi je peux commencer, c'est qu'en sortant de la salle de cinéma on ne se sent pas léger ! Ce film de deux heures est assez lourd à digérer une fois que l'on est sorti. Nous pouvons déjà noter que le réalisateur a pris un énorme risque en ne réalisant pas un film qui remplit les critères ordinaires du cinéma : une histoire, des rebondissements, des dialogues. Les dialogues sont très peu présents, remplacés par une voix-off qui domine chaque moment. Quant à l'histoire, il est difficile de la raconter car elle n'existe pas vraiment : un homme est en perpétuelle quête de sens à sa vie dans un Hollywood luxueux et artificiel. Malick dit d'ailleurs représenter l'esclavage du système hollywoodien et son emprise sur l'homme. Il montre d'ailleurs de manière assez subtile (avec une incessante alternance de plans) le contraste entre la vie futile qu'il mène tous les jours dans ces piscines hautes perchées et les moments où il se retrouve devant l'immensité d'un paysage désert ou d'un océan et où il réalise le peu de place qu'il prend, et l'absurdité de son existence. La perle que doit trouver Rick (Christian Bale) est la métaphore du sens de l'existence, qu'il n'arrive pas à trouver bien qu'il la cherche. Il semble déconnecté de son métier voir invisible, nullement concerné. Il semble entretenir des rapports compliqués avec son frère et son père, comme ressentant une forme de rancune mystérieuse envers eux. Il voit par ailleurs défiler plusieurs femmes dans sa vie, toutes plus belles les unes que les autres mais avec qui se répète sans arrêt le même schéma : baisers passionnés, escapade en voiture cheveux aux vents, puis promenade au bord de la mer, là où la perle est censée être et qui l'attire constamment. Aucune ne parvient à le rendre heureux, ni même sa femme (Cate Blanchett) avec qui pourtant il entretient le rapport le plus intéressant. Les autres femmes ne semblent être que des corps et des visages parfaits qui n'ont en elles aucune substance (hormis peut être Natalie Portman, bien que leur relation ne diffère pas vraiment des précédentes). La perle pourrait finalement se rapporter à sa femme, dont les images reviennent vers la fin du film, pouvant nous faire penser que Rick avait la perle devant ses yeux depuis le début, mais qu'il n'a pas voulu la voir (cela expliquerait la phrase du narrateur : "nous avons tellement d'amour en nous qui ne s'exprime pas").
Les images sont magnifiques, avec des paysages vraiment sublimes, et Malick grâce à son talent de réalisateur nous fait ressentir maintes sensations de la vie, nous faisant vivre en même temps que ses personnages : mettre les pieds dans la mer, être en face d'un paysage qui nous dépasse, foncer en voiture sur l'autoroute, regarder les variations des couleurs du ciel, embrasser... En le regardant, on se sent vivant. Ce film ne s'apparente pas à un roman mais comme l'ont dit plusieurs journalistes à un poème, un poème sur la nature, sur la recherche de l'amour parfait et du bonheur absolu, du plaisir de l'existence pour ce qu'elle est et non pour ses artifices comme le dénonce Malick. La bande-annonce m'avait intrigué et comme je le pressentais, j'ai accroché. à voir !