Si le genre s’est évidemment intéressé régulièrement au mécanisme des « Années de plomb », il n’a cependant que très rarement voulu aborder de front ce que pourrait être un coup d’État politique. C’est le parti-pris ici de Sergio Martino qui se frotte au thriller paranoïaque avec une enquête, on le comprend très vite, aux ramifications tentaculaires qui dépasse très clairement un petit meurtre anodin. La partition musicale du toujours très doué Luciano Michelini est un indicateur évident du ton du film. Très proche de celles composées par Ennio Morricone quand celui-ci traitait des films politiques, on comprend tout de suite que nous n’avons pas affaire à un polar de série avec flic aux méthodes peu orthodoxes contre gangsters sans pitié. Le thème « des mains liées » est toujours présent, notamment dans les liens unissant la police et la justice incarnées par deux des personnages principaux. La ficelle est un peu grosse mais le discours franchement efficace.
Si Sergio Martino peine parfois à trouver le juste ton entre celui du film d’action attendu et le film de machination politique, le résultat reste solide. Avec, en tête d’affiche, un Luc Merenda qui fait ce qu’on attend habituellement de lui, un Mel Ferrer toujours aussi juste et un Tomas Milian d’une sobriété appréciable, les atouts ne manquent pas. Alternant enquête labyrinthique et scènes de violence toujours pertinentes chez Sergio Martino, le déroulement du récit est habile. On sera beaucoup plus réservé sur l’assaut final qui semble sortir du cahier des charges, présent, on le comprend tout de suite, pour assurer son lot de séquences spectaculaires. La révélation finale, en outre, ne surprendra pas le spectateur habitué de ce genre de titres. En revanche, la conclusion reprend les bons rails et laisse une impression très positive.
Sergio Martino, on le sent, n’est pas totalement à l’aise pour servir avec une certaine finesse son scénario. Plusieurs scènes semblent hors-sujets ou maladroites. On apprécie cependant la prise de risques évidente du sujet qui va ouvrir une brèche dans le genre. Formellement, on a connu son réalisateur plus inspiré mais, à sa décharge, l’ambition du récit aurait certainement mérité un budget un peu plus confortable.