Avec ce titre, le spectateur contemporain se trouve face à un film aussi important qu’imparfait. Réalisé par Romolo Guerrieri, écrit par Ernesto Gastaldi et porté par la future équipe qui contribuera à façonner le giallo des années 1970, le film apparaît aujourd’hui comme une véritable pierre fondatrice du « giallo de machination ». Le casting a de quoi attirer l’amateur du genre : Jean Sorel, que l’on retrouvera dans plusieurs classiques italiens, partage l’affiche avec Carroll Baker, future figure incontournable du cinéma d’exploitation transalpin. Autour d’eux se dessinent déjà les contours d’un cinéma qui n’a pas encore trouvé sa forme définitive mais qui pose les bases d’une évolution passionnante.
Le film repose sur une intrigue faite de faux-semblants, de manipulations et de secrets, dans une veine encore très marquée par l’héritage hitchcockien. On y retrouve déjà plusieurs ingrédients qui feront le succès des grands gialli de la décennie suivante : le couple miné par le doute, les apparences trompeuses, les retournements de situation et cette impression permanente que la vérité se dérobe aux personnages comme au spectateur. Pourtant, malgré ses qualités et son importance historique, L’Adorable corps de Deborah peine réellement à convaincre sur la durée. Le récit manque souvent de souffle et s’avère parfois excessivement bavard. Pendant une bonne partie de sa durée, le film semble tourner autour de son sujet sans parvenir à générer la tension attendue. Les péripéties restent relativement limitées et l’ensemble donne parfois le sentiment d’un exercice de style encore en phase d’expérimentation.
Le rythme ne trouve véritablement son équilibre que dans la dernière demi-heure, lorsque les événements s’accélèrent enfin et que la mécanique du scénario se met réellement en mouvement. Malheureusement, cette montée en puissance est partiellement desservie par une révélation finale qui apparaît aujourd’hui peu surprenante et surtout assez difficile à accepter tant elle paraît tirée par les cheveux.
Reste alors un film curieux, parfois frustrant, mais essentiel pour comprendre l’évolution du giallo. Là où les futures réussites de Sergio Martino ou d’Ernesto Gastaldi sauront affiner la formule, renforcer le suspense et multiplier les rebondissements, L’Adorable corps de Deborah en constitue encore l’ébauche. Une œuvre de transition, davantage intéressante pour ce qu’elle annonce que pour ce qu’elle accomplit pleinement. Un film un peu mou, parfois daté dans sa narration, mais dont l’importance historique demeure incontestable.
5,5