"Ne jamais renoncer à la tendresse."
Celle à laquelle Elsa cède (superbe Magalie Lépine-Blondeau, qu'on ne se lasse pas de voir à l'écran), s'adonne avec passion, au sens furieux du terme, celle qui se vit en totale solitude, celle qui ne semble compréhensible que par soi et personne d'autre, est pourtant fictive, terriblement impossible.
Aimer un mort, est-ce seulement une hérésie, un trait de fiction, ou n'est-ce pas en fait le quotidien de tous ceux qui ont vécu, de près, de loin, à leur façon, une séparation ? Aimer un mort, n'est-ce pas tout simplement la plus simple métaphorisation du deuil ? Car qu'Oscar soit vivant, soit mort, ne soit qu'une hallucination, tout cela est finalement bien accessoire, et procède du trait fantastique, auquel on adhérera ou non (et à ne pas y adhérer naîtra la faiblesse du film). Oscar, qu'interprète avec malice (et pour une fois en ne se caricaturant pas lui-même) un Jonathan Cohen dont on se ravit de découvrir la grande fragilité, est une ombre. On le refusera un temps - déni -, on s'énervera de sa présence -colère -, on tentera d'équilibrer une existence normale traversée par sa présence - marchandage -, on s'écroulera à l'idée de sa perte - dépression -, et on acceptera finalement, parce que c'est la seule solution, son départ.
Là est toute l'intelligence et la triste beauté du film d'Alice Vial ; sans céder à l'auteurisation et en respectant le carcan (léger, cousu, drôle puis triste) de la comédie romantique (en réalisant au passage quelques fantasmes cinématographiques - qui n'a jamais rêvé d'assister à ses propres obsèques ?, qui n'a jamais rêvé d'être invisible ?), L'Âme idéale aborde, plutôt frontalement (mais avec un délicat biais qui le retient d'être tragique) la séparation dans ce qu'elle a de plus douloureux, la mort, la rupture amoureuse, la rupture mentale, l'acceptation de son désarroi, de sa dépression. Car c'est bien une folie que la mort, bien une folie que de l'accepter sans ciller, bien une folie que d'y être insensible.
Et ça n'est donc pas cette Elsa et cet Oscar et leur histoire impossible qu'il faut regarder, mais bien le miroir radical qu'ils tendent, leurs sentences toutes plus déchirantes qu'elles sont universelles ("je n'ai pas envie de te quitter", "prends-moi dans tes bras s'il-te-plaît"), et finalement notre extrême solitude face à la mort des situations, des choses, des êtres, et des rêves et des projets qu'ils portaient. Et l'impossible retour en arrière qui donne env
Rien que ça.