C'est le titre anglais d'un livre écrit par Fred Uhlman, avocat juif allemand à Stuttgart qui quitta l'Allemagne en 1933 pour se réfugier en Grande-Bretagne qui devint sa nouvelle patrie. La langue anglaise, qu'il dut apprendre, supplanta chez lui définitivement la langue allemande. Il faut comprendre dans le mot "reunion", le sens de retrouvailles (après une séparation). Et le titre français "l'ami retrouvé" reprend la même idée, un peu plus ciblée sur l'ami.
Ce livre est un excellent petit roman que j'ai découvert dans les années 75 environ et qui m'avait alors impressionné durablement par sa construction sèche, factuelle. Il évoque l'amitié sincère, le temps d'une année scolaire, qui lia un jeune adolescent de 16 ans, fils d'un médecin juif à Stuttgart avec le fils d'une grande famille aristocratique prussienne en 1932 alors que l'Allemagne basculait dans le nazisme. Le roman n'est pas à proprement parler autobiographique mais reprend certainement des éléments de la vie de Uhlman.
Quand, en 1989, est sorti le film de Jerry Schatzberg, il m'a été impossible de trouver un cinéma qui le passait dans la région où je me trouvais alors. Puis, il y a une bonne dizaine d'années sinon plus, j'ai enfin trouvé le DVD qui contient en bonus une interview du cinéaste par Michel Ciment (Positif) fort intéressante car Schatzberg s'explique sur les choix qui ont conduit à modifier le script par rapport au livre.
En effet, le livre est construit à partir d'un évènement fortuit qui pousse le narrateur à extirper de sa mémoire le souvenir de sa vie à Stuttgart. Le narrateur vit aux Etats-Unis depuis 1933 et n'en bouge pas. Tandis que le film prend une dimension supplémentaire puisque le narrateur doit se rendre à Stuttgart et retrouver une ville reconstruite, qui semble avoir tiré un trait sur le passé (quoique …) et retrouver une langue qu'il s'est interdit de pratiquer. Et c'est à Stuttgart, que les souvenirs affluent et que le narrateur reconstitue cette lointaine année scolaire.
Schatzberg joue avec plusieurs éclairages entre noir et blanc, sepia ou la couleur pour exprimer les moments heureux, les moments dramatiques ou les moments menaçants. Il s'appuie aussi sur une bande son de Philippe Sarde qui alterne une musique grinçante (tuba et trombone) caractérisant l'effort de mémoire ou la douleur de certains souvenirs avec une musique plus sereine lorsque les souvenirs correspondent à la période de l'amitié heureuse et insouciante.
C'est Jason Robards que Schatzberg introduit dans le rôle du narrateur qui fait un douloureux retour sur lui-même. C'est curieux car j'y verrais presqu'un clin d'œil avec "Julia" de Fred Zinnemann (1977) où, là, il se pose en témoin des efforts de son épouse (Jane Fonda) pour retrouver son amie Julia prise dans la tourmente de la montée du nazisme.