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L'amour louf
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le 19 oct. 2024
Pour son deuxième long-métrage en solo, on peut dire que Gilles Lellouche entre dans Le Grand Bain des réalisateurs (en référence à son premier !), puisque son nouveau film L'Amour OUF a été présenté en compétition officielle à Cannes en cette année 2024.
Après une longue maturation, poussé par Benoît Poelvoorde, et inspiré du roman éponyme de l'Irlandais Neville Thompson publié en 1997, le moins qu'on puisse dire est que Gilles Lellouche voit grand, très grand, avec cette comédie romantique ultra-violente en deux actes espacés de 10 ans, situés dans le Nord de la France ouvrier des années 80 et 90, et très habilement servie par un casting de premier plan.
Alors que comédie et romance sont des genres en général difficiles à accepter par la critique dans le cinéma français, la gageure est ici dans le mélange à l'excès des genres qui nous tient en haleine du début à la fin : le romantisme dans son alchimie humaine la plus inexplicable, le film de voyous, certes poussé à l'extrême, la comédie musicale avec un côté West Side Story très bien chorégraphié par un collectif de danse (on en aurait voulu davantage...), mais aussi le genre social de milieux différents qui s'affrontent sur fond de crise ouvrière. Le tout est rythmé par une folle ambiance musicale pop rock des années 80 assez fabuleuse (Avec The Cure, New Order, Alan Parsons Project notamment), musique dirigée par le chanteur et compositeur américain Jon Brion.
On est ainsi ici plongé pendant près de 3 heures dans une grande Comédie Humaine (à l'instar de certaines œuvres de Balzac) quasi symphonique, où se côtoient à l'envi les beaux sentiments, les cœurs brisés, la tendresse familiale, les violences et la misère de la société; et c'est justement le mélange de ces contraires qui en font un film exceptionnel, certes imparfait, mais qui tient en haleine sans nous laisser une minute de répit, du très grand cinéma français, plus habituellement proposé par le cinéma américain, je pense par exemple au récent très bon The Bikerikers de Jeff Nicols, violent et romantique, ou bien le démesuré et excessif Babylon de Damien Chazelle en 2022.
Dans son scénario en deux actes, Gilles Lellouche (en collaboration avec Audrey Diwan et Ahmed Hamidi) raconte tout d'abord, dans une ambiance vintage, aux couleurs volontiers saturées, à la Roméo et Juliette, la rencontre improbable et les destins croisés de deux adolescents Jackie et Clotaire (campés par les excellents et prometteurs Mallory Wanecque et Malik Frikah), de deux milieux sociaux différents, et qui vont tomber fous amoureux. L'habileté du réalisateur est de les suivre dans leur environnement familial, ce que les rend attachants, vrais et profondément humains.
Jackie, c'est la lycéenne cultivée, rêveuse et en attente d'avenir, entourée par un père veuf très attentif, interprété par un grand Alain Chabat.
Clotaire, c'est le caricatural jeune déscolarisé, meneur et dragueur, issu d'une famille d'ouvriers, hélas sans grande conversation ! Ses parents aimants (Karim Leklou trop effacé et Elodie Bouchez excellente, très sensible et humaine, actrice essentielle du film) le laissent mener une vie de désœuvré et dont les mauvaises rencontres vont le conduire jusqu'au chef de gang Labrosse, joué par une excellentissime et redoutable Benoît Poelvoorde.
Dès lors Clotaire, devenu voyou, va plonger dans un monde violence qui l'éloigne peu à peu de Jackie, de plus en plus malheureuse, puis durablement pendant 10 ans.
Ceci clôt la première partie du film, certainement la plus intéressante et la plus aboutie, avec notamment les belles scènes de comédie musicale.
La deuxième partie est sans doute moins originale, mais elle est sauvée grâce à l'apparition de Jackie et Clotaire adultes, joués par les acteurs surdoués et une nouvelle fois maîtres de leur jeu Adèle Exarchopoulos (elle crève l'écran dans Je verrai toujours vos visages) et François Civil (éblouissant dans Pas de vagues); Gilles Lellouche retrouvent ainsi ses partenaires dans Bac Nord.
Ils se (re)cherchent par scènes interposées dans toute cette deuxième partie, elle rangée et mariée à un Vincent Lacoste excellent dans le rôle de cet homme qui comprend que sa femme est ailleurs, et lui empêtré dans des règlements de compte vains et qui risquent de l'éloigner pour toujours.
La répétition de l'éclipse de soleil, sur les deux parties, dans des conditions bien différentes, est particulièrement réussie par les émotions qu'elle procure et son intensité romantique, tranchant avec le climat de violence du film.
La fin n'est bien sûr pas à raconter pour préserver l'intérêt du visionnage, mais on assiste à de très belles scènes intenses et difficiles entre eux, où la violence reste présente. Mais les mots, si compliqués à exprimer, finissent enfin par sortir.
Et on admire notamment une scène de vérité absolue et toute en maîtrise entre Jackie et son nouveau patron, expliquant comment il faut s'y prendre avec un homme qui a traversé tant d'épreuves difficiles !
Il faut dire que le début du film nous avait habilement mis sur une fausse piste d'ultra-violence et qu'un twist final va conduire vers ce happy end qu'on attend tout de même dans l'ambiance générale du film.
Ce film sort des tripes du réalisateur, qui éclaire ainsi une certaine vérité, et l'émotion qui se dégage des situations contraires, des excès et de tous les extrêmes, est intense pour le spectateur.
Bref, un film de Ouf, une prouesse et un chef d'œuvre du cinéma français de l'année 2024 !
Et surtout ne boudons pas notre plaisir d'être capables de produire de tels films, à voir sans modération.
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Créée
le 19 oct. 2024
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