Deuxième volet d'un tryptique inauguré par le magnifique Leçons d'harmonie, le nouveau film d'Emir Baigazin prend la forme de quatre récits aux allures de contes qui suivent quatre adolescents solitaires en prise avec le monde.
Nous sommes au milieu des années 90 dans un village du Kazakhstan, à une époque où le gouvernement coupe régulièrement l'électricité pour faire des économies. L'information nous est donnée en début de film puis se trouve illustrée régulièrement, comme une ponctuation aux histoires qu'on nous raconte. Le film regorge ainsi de motifs revenant au fil des récits, certains faisant directement écho à Leçons d'harmonie.
Chacun suit un chemin dont le tracé intérieur nous échappe avant de s'éclairer. Soleil aveuglant, lumière de la bougie, errances au milieu de ruines, le cinéaste travaille les contrastes et modèle l'espace à la manière d'un peintre. Tandis que chaque garçon suit une ligne radicale, se confrontant au vol, à la violence, au mensonge, au renoncement ou à la folie, habité par des angoisses auxquelles il faut trouver des réponses, la caméra compose des cadres rigoureux, crée des ponts entre l'intérieur et l'extérieur, recherche constamment l'épure.
La direction d'acteurs et la mise en scène donnent naissance à un film hors du temps, presque hors du monde. Si la stylisation vire parfois au maniérisme, on saluera à nouveau l'absolue rigueur d'un cinéaste qui assume et maîtrise ses partis pris. Construisant une œuvre à mi chemin entre réalisme et parabole, Baigazin prouve avec L*'ange blessé* qu'il a de la suite dans les idées.