Le réalisateur reprend le même principe déroutant que dans son film précédent "Locataires" : les deux personnages principaux sont muets, tandis que les autres protagonistes parlent. Mais je n'ai pas été envoûtée cette fois, car le couple est très différent.
J'avais gardé peu de souvenirs de ce film vu il y a dix ans, à part sa fin dérangeante. Je comprends pourquoi. La jeune actrice est très jolie, il y a quelques jolies idées poétiques (la balançoire pour lire l'avenir), mais c'est un peu répétitif, psychologiquement, ça manque de profondeur et la fin me déplaît.
Le symbole (lourd) de l'arc et des flèches finit par être gonflant. On a vite compris la signification. Mais Kim le répète à l'infini pendant 1h30.
Pareil pour la musique qui, en plus de ne pas être particulièrement agréable à l'oreille (ce n'est que mon avis), finit par taper un peu sur les nerfs. Je comprends bien qu'elle remplace les dialogues entre les deux personnages muets, mais si j'avais pu choisir, j'aurais préféré entendre les voix des acteurs.
Sur le plan psychologique, c'est trop léger à mon goût. La jeune fille sourit beaucoup (à la frontière entre innocence et niaiserie), fait la tête, se met en colère, mais c'est insuffisant pour moi. Ce principe des héros muets marchait dans "Locataires", mais là, ça ne marche pas aussi bien et paraît plus artificiel.
L'histoire est très limitée : un vieillard vit sur un bateau en pleine mer, avec une fille de 16 ans qu'il a élevée seul depuis l'âge de 6 ans. On apprend ensuite qu'elle n'est pas sa fille et qu'il compte l'épouser à ses 17 ans, ce qu'elle ignore. En attendant ce jour, il passe son temps à éloigner à coups de flèches les hommes qui lui tournent autour sur le bateau. Pas de sexualité entre eux. Pas d'instruction ni d'ouverture sur le monde non plus. Seul le vieux se rend régulièrement sur le continent. La fille ressemble plus à un enfant sauvage à la limite de l'idiotie. Le personnage du vieux n'est donc pas sympathique et la fille éternellement souriante laisse perplexe.
L'arrivée d'un jeune homme à bord va faire enfin évoluer l'histoire, mais l'absence de dialogues limite beaucoup l'exploration psychologique de chaque personnage. La fille se rebelle enfin contre son "père"/futur mari, mais ça se limite à des bouderies et des colères. On aimerait savoir ce qu'elle pense de sa situation, mais tout se limite à sa rebellion enfantine contre son "geôlier".
Pareil pour le vieux qui semble obsédé uniquement par la pureté de sa "fille" avant le mariage. Cette conception très limitée et dérangeante de l'amour apparaît encore plus clairement dans la fin :
Le vieux laisse enfin partir sa "fille" avec son jeune amoureux et disparaît dans l'eau après avoir tiré une dernière flèche vers le ciel. La flèche finira par retomber entre les cuisses de la fille. Après une longue scène de sexe mimée, elle finira déflorée, la flèche représentant son vieux mari qui réussit à la posséder par-delà la mort.
Le plus important en amour semble donc d'être le premier. Pour Kim, je ne sais pas, mais c'est le cas pour le vieux. Que ce soit en tant que "père" ou en tant que mari, il traite la fille comme un bel objet qu'il possède, avec tendresse et sévérité. On ne sent que cette envie de possession, pas de véritable amour. C'est en cela que la fin me déplait. Nulle poésie ou romantisme dans cette flèche ensanglantée.