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Cinéaste sensible et cérébral, plutôt méconnu en France et victime des persécutions maccarthystes, Robert Rossen a injecté sa détresse et un besoin de retrouver sa dignité dans ce film qui est considéré par beaucoup de spécialistes comme un chef-d'oeuvre. Même si je ne souscris pas entièrement à cette assertion, je reconnais que c'est un film à l'ambiance fascinante qui eut le mérite en 1961 de présenter au public français le monde particulier du billard américain, avec ses règles et ses termes propres.
Le scénario de Rossen est tiré d'un roman de Walter S. Tevis publié en France sous le titre "In ze pocket" ; je me souviens de l'avoir lu à peu près à l'époque où j'avais vu le film la première fois. Il est présenté comme un film noir dans la grande tradition, retrouvant le mythe du héros, de sa déchéance, et de sa renaissance ; les termes de "loser" et de "winner" sont issus de cette mythologie et peuvent s'appliquer aussi à d'autres films conçus sur le même modèle comme Nous avons gagné ce soir (monde de la boxe) ou le Kid de Cincinnati (monde des joueurs de poker) qui montrent cette réalité typiquement américaine.
La grande qualité de L'Arnaqueur, c'est d'abord le suspense autour des parties de billard, ainsi que l'atmosphère fiévreuse et enfumée où se dessine l'avenir des joueurs, un monde sans pitié où le réalisateur n'oublie jamais de montrer aussi leurs désillusions. A la forme classique de la construction du scénario, correspondent une subtilité psychologique et des implications morales et quasi métaphysiques ; en cela, c'est un film d'une très grande amertume.
L'autre grande qualité qui m'a frappée, c'est le dépouillement extrême du style, avec sa photographie glacée, sa mise en scène un peu théâtrale qui utilise toutes les ressources de l'espace, et la direction d'acteurs. George C. Scott insuffle une épaisseur et une ambiguïté surprenantes à son personnage tout d'une pièce, Piper Laurie incarne une paumée bouleversante, Jackie Gleason est un artiste par la bande, et Paul Newman après des films conséquents comme Marqué par la haine et le Gaucher, trouvait là un de ses rôles les plus marquants, un véritable tremplin qui le consacra définitivement comme un grand acteur. Ce rôle d'Eddie Felson sera tellement marquant qu'il le reprendra en 1986 dans la Couleur de l'argent où il sera cette fois le mentor d'un jeune joueur idéaliste incarné par Tom Cruise.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Les meilleurs films avec Paul Newman, Les meilleurs films des années 1960, Les films qui donnent envie de lire le livre, Les meilleurs films dramatiques et Les meilleurs films en noir et blanc
Créée
le 3 août 2018
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