Profitant d’une restauration de Mosfilm, Potemkine réédite L’Ascension de Larissa Chepitko, âpre film de guerre d’une cinéaste visionnaire, où le terrible le dispute au sublime.


La végétation désolée qui déchire le cœur, le hurlement du vent glacial qui dévore la chair, le blanc sépulcral des steppes sibériennes qui brûle la rétine : nous sommes au pays des morts. C’est dans ce paysage infernal que Larissa Chepitko entraîne son spectateur à la suite de deux partisans, Rybak et Sotnikov, embarqués dans une mission de reconnaissance qui, vous vous en doutez, tournera rapidement au désastre.

Rarement la guerre aura été filmée avec autant d’acuité. Elle se dévoile sous son jour véritable, dans un vertigineux contraste avec les épopées classiques hollywoodiennes, mais aussi avec le récit officiel du pouvoir soviétique. Une des très belles idées de Chepitko est de faire reposer une partie du suspense – seront-ils découverts par la milice qui sert l’occupant nazi ? – sur les quintes de toux de Sotnikov, comme pour dire à quel point le soldat, comme le monde qui l’entoure, est malade de la guerre. Dès ses prémices, L’Ascension renverse donc le paradigme du film de guerre : il n’y a pour les deux héros, pour ainsi dire, rien à accomplir, rien à conquérir, rien à sauver, à part sa propre existence. Toute la question du film est de savoir comment s’organise intimement et moralement cette survie. Hommes, femmes, et même enfants – tous auront à choisir et à en subir les conséquences.

L'envol et la chute

La marche forcée de Rybak et Sotnikov à travers l’hiver et les plaines s’apparente à une descente vers les territoires insondables de l’humanité. En rampant parmi les ronces, on les voit, pour ainsi dire, préparer leur mise en terre, creuser leur propre tombe. Leur inévitable capture marque le tournant du parcours spirituel des deux protagonistes, jusqu’alors unis par une destinée commune : l’un trahira, accomplissant la réunion physique du plan terrestre et des enfers, l’autre s’élèvera « par-delà le soleil, par-delà les éthers ». L’envol vers l’idéal et la chute vers la compromission, Larissa Chepitko les contemple avec la même intensité fébrile, avec les mêmes plans rapprochés, fantastiques de pureté, qui s’attardent particulièrement sur les visages et les regards, à la recherche d’un horizon éternel au milieu de la confusion et du chaos. C’est que la cinéaste russe embrasse l’existence humaine dans son absoluité et accède à la conscience collective dans un mouvement simultanément introspectif et rétrospectif.

Bonus

Parmi les bonus de cette édition, il faut absolument voir le court-métrage Larissa, réalisé à la suite de la disparition tragique de Larissa Chepitko par son époux Elem Klimov, à qui l’on doit notamment le désormais célèbre Requiem pour un massacre. Par l’entrelacement d’extraits de films et d’images intimes, Klimov compose à la fois un autel cinématographique, un carrousel du souvenir et une oraison funèbre, rendant un hommage déchirant à la femme aimée comme à la cinéaste admirée.


CDDexe
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le 7 août 2026

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