Téléfilm datant de 1966, découvert dans un gros coffret "les grandes fictions de la télévision". Au temps où l'ORTF savait faire du cinéma intéressant. Peut-être avec les moyens du bord mais intéressant.

Autant dire qu'il s'agit d'un document archéologique qui relève carrément de l'ethnographie. On est en 1965 et ce sont les trente glorieuses.

Pensez donc : un homme, ce qu'on appelait à l'époque un col bleu, rêve de posséder une voiture. Et, dans le magasin de voitures devant lequel il passe tous les jours, il contemple cette grosse, rouge auto qui semble lui tendre son volant …

Mais voilà, pour atteindre la somme "libératrice", il a bien calculé son coup (à partir du coût écrit en gros sur la pancarte qui lui brûle les yeux). Il lui faut travailler tout le temps. Bon, il a son boulot d'ouvrier à l'usine où il est ouvrier OP2. Mais sorti du boulot, il enchaine des heures au black dans un cinéma comme ouvreur, dans une station-service pour servir du carburant, dans un hôtel comme groom … Et n'oublions pas l'entretien de son bout de jardin dans ce qu'on appelle encore aujourd'hui les "jardins ouvriers". Avec la fatigue, en embuscade, la fatigue …

Il n'y a que le syndicat qu'il laisse un peu tomber parce qu'il n'a plus le temps (et puis, les grèves c'est bien gentil mais on n'est pas payé). Même sa femme s'y met aussi de son côté à faire des ménages pour ramener de la tune (comme on dit aujourd'hui) …

Une vie qui ressemble à une galère. Mais le moment arrive où il a la somme d'argent requise et peut accéder au nirvana social : remplacer son vélo par une bagnole. Non, pas une bagnole. Une voiture. Mais tout ne sera pas si simple … Posséder une voiture, c'est aussi entrer dans un nouveau cercle (infernal) avec de nouvelles galères …

L'homme, c'est Paul Crauchet, cet acteur qui excelle habituellement dans les seconds rôles chez Melville par exemple mais aussi chez de très nombreux cinéastes. Il joue souvent des personnages mutiques, humbles, volontaires mais têtus. Ici, il est parfait dans ce rôle d'ouvrier qui s'est donné un objectif dans sa vie : il fut résistant pendant la guerre (dans le Vercors) pour des lendemains qui chantent. Depuis, il a l'appartement, il a déjà les appareils ménagers. Ah, purée de purée, c'est la "voiture" qui manque encore.

En 1965, ce sont les "trente glorieuses" où tant de choses (matérielles) semblaient atteignables pourvu qu'on s'en donne la peine. Ce sont les fondements de la société de consommation sans être encore la société du crédit facile avec encore de nouvelles galères qui arrivera quelques années plus tard.

Un document archéologique et ethnographique, vous disais-je !


JeanG55
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleurs films de 1966

Créée

le 2 mai 2026

Critique lue 9 fois

La Mort aux trousses

La Mort aux trousses

9

JeanG55

le 3 nov. 2021

Suivre

La mort aux trousses

"La Mort aux trousses", c'est le film mythique, aux nombreuses scènes cultissimes. C'est le film qu'on voit à 14 ou 15 ans au cinéma ou à la télé et dont on sort très impressionné : vingt ou quarante...

Le Désert des Tartares

Le Désert des Tartares

9

JeanG55

le 7 avr. 2023

Suivre
Dernière modification

le 7 avr. 2023

La vanité de l'attente de l'orage

C'est vers l'âge de vingt ans que j'ai lu ce livre. Pas par hasard, je me souviens très bien qu'un copain me l'avait recommandé. J'avais bien aimé. Cependant, je n'ai jamais éprouvé le besoin de le...

125 rue Montmartre

125 rue Montmartre

8

JeanG55

le 13 nov. 2021

Suivre

Quel cirque !

1959 c'est l'année de "125 rue Montmartre" de Grangier mais aussi des "400 coups" du sieur Truffaut qui dégoisait tant et plus sur le cinéma à la Grangier dans les "Cahiers". En attendant, quelques...