L'Aveu
7.7
L'Aveu

Film de Costa-Gavras (1970)

Artur LONDON sans carré rouge (par Henri Jeanson, en 1970)

Un qui m'a bien fait rire - que la chère Simone Signoret m'excuse et que me pardonne Yves Montand - mais les récriminations et autres pleurnicharderies de M Artur London devant ces messieurs de la première chaîne m'ont fort diverti.
Eh quoi ! Parce qu'on a retiré la nationalité tchèque à l'auteur du tardif Aveu, celui-ci en fait toute une tragédie ! Avec une véhémence comique, il s'élève contre les procédés "ignominieux" dont il est l'objet de la part du nouveau gouvernement tchèque.
Lui faire ça à lui, London, ancien ministre, et qui plus est, un militant discipliné ! J'ai vu, comme tout le monde, L'aveu. C'est un très beau film et Montand s'y montre extraordinaire. Il peut se flatter d'avoir inscrit à son palmarès, déjà si riche, une merveilleuse performance d'acteur.
La perfection de son art, la sincérité de son interprétation m'ont bouleversé. Quel comédien ! C'est très beau, c'est très émouvant, un grand comédien ! Mais pas une minute le personnage qu'il incarne ne m'a touché.
M Artur London, militant communiste depuis l'âge de quatorze ans, réfugié à Moscou en 1934, a accepté et, à coup sûr approuvé, pendant des années, les horreurs du stalinisme. Les épurations les plus sanglantes lui ont semblé aller de soi. Comme Garaudy, il a été stalinien "de la tête aux pieds" et il a gardé sa tête et n'a pas eu les pieds gelés. Comme Garaudy, il a applaudi l'exécution de Rajk, ministre des Affaires Étrangères hongrois.
Alors ?
Et alors, aujourd'hui, M Artur London patriote tchèque, veut qu'on lui rende ses papiers. Hélas ! Avant de perdre sa qualité de Tchèque, M London, depuis belle lurette, avait, par sa soumission et sa servilité, perdu sa qualité d'homme.
Le voilà citoyen du monde. De quoi se plaint-il ? Il a même le droit de pleurer - sans carré rouge - devant les amateurs du petit écran.




Henri Jeanson - L'Aurore, 1er septembre 1970

p3i
6
Écrit par

Créée

le 11 janv. 2022

Critique lue 246 fois

p3i

Écrit par

Critique lue 246 fois

7
10

D'autres avis sur L'Aveu

L'Aveu

L'Aveu

9

spirifer

145 critiques

Que la Révolution continue même si nous sommes broyés

A sa plus grande surprise, un membre modèle du Parti Communiste tchécoslovaque, ancien des Brigades Internationales et de la Résistance en France, vice-ministre des Affaires Etrangères est arrêté et...

le 13 déc. 2013

L'Aveu

L'Aveu

8

Pierre-Amo-Parfois

1036 critiques

L'académie Française n'a pas voulu de Jorge Semprun(le scénariste),heureusement elle a Xavier Darcos

(texte écrit en 2016, fautes corrigées en 2020) "Je viens de revoir ce film si fort. Je ne fais pas une critique: ce sont juste quelques notes sous le coup de l'émotion juste après le film: _ Quand...

le 17 févr. 2016

L'Aveu

L'Aveu

8

alexia

7 critiques

Syllogisme et synthèse, les menaces de l'Histoire

Mise en scène d’une dictature croissante, de ses victimes et de ses bourreaux modernes, L’Aveu de Costa-Gavras est le devoir de mémoire qui manquait aux pays de l’ex-URSS. Bien plus qu’un pamphlet...

le 11 nov. 2012

Du même critique

Manon des sources

Manon des sources

8

p3i

135 critiques

Deux versions incomparables.

Il faut préciser que quand, dix ans après son film d'esprit marseillais en deux parties "Manon des sources" et "Ugolin", Pagnol a écrit "L'eau des collines", il a lui-même remis les faits dans...

le 2 févr. 2015

Un revenant

Un revenant

9

p3i

135 critiques

La vie est un théâtre d’ombres.

Le film est inspiré d’une histoire réelle survenue dans les années vingt. Et le film commence : Une vision légère et... noire. Les extérieurs d'entre Saône et Rhône permettent de situer l'action dès...

le 22 févr. 2015

Manon des sources

Manon des sources

10

p3i

135 critiques

Les versions incomparables

Il faut préciser que quand, dix ans après ce film d'esprit marseillais, Pagnol a écrit "L'eau des collines", il a lui-même remis les faits dans l'ordre chronologique et a créé une atmosphère sombre...

le 2 févr. 2015