<i>Spoilers</i>
La force de <i>L'Eden</i> tient avant tout à son concept : celui d’un lieu semi-mythologique, que la dégradation et la nature envahissante ont habillé en ruine antique – faisant que ce centre de redressement pour mineurs évoque assez vite quelque punition divine et hors du temps. La moiteur et les eaux saumâtres, l'exploitation brutale des corps et les délires sectaires, ainsi que l'entresoi masculin aux nudités adolescentes, donnent à l'ensemble la gueule d'un fantasme glauque, où le devenir adulte de ces jeunes criminels ne pourra s'échafauder que de manière tordue (c'est d'ailleurs ce que dessine la dernière partie, dans ce village laissé aux enfants meurtriers en perdition : un monde en boucle, façon <i>Sa majesté des mouches</i>, où l’on se débarrasse des adultes qu’on ne peut plus concevoir que comme des exploiteurs). Difficile cependant, au sein de ce concept de film très convaincant, de faire fleurir un drame : le cinéaste pour cela devra quitter ce lieu (dont il ne résout pas toutes les questions, ni les enjeux) pour suivre dans leur fuite des personnages qui restent sans doute un peu fragiles pour soutenir à eux seuls le reste du film (malgré le poids du traumatisme de leur meurtre originel, qui résonne d'échos et de visions réussies, notamment dans cette grotte aux accents Weerasethakuliens). L’idée de devenir adulte selon sa propre façon (laissant de côté l'utopie des enfants promise à la reproduction des erreurs subies, comme la voie criminelle toute tracée du petit frère) reste un enjeu à peine ébauché, seulement suggéré en un dernier plan rapide. Le film laisse ainsi le sentiment d'une idée en suspens, pas totalement réalisée au-delà de son principe initial ; qu'importe, il démontre un talent prometteur, dont on suivra les films suivants avec attention.</p>
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