Diabolique en effet cette affaire ! Cependant contrairement à la version de Nicole Garcia avec Daniel Autheuil, qui est assez médiocre et au FELA (Saison n°7 n°1), la version de Laurent Cantet se singularise par sa qualité à divers niveaux.
Le parti-pris de l’auteur n’est pas de faire de l’esbrouffe, mais de décrire la situation du personnage en l’intériorisant avec une certaine empathie et en montrant comment la perte de son travail librement consentie ainsi que son manque de conviction pour retourner dans ce système qu’il semble avoir fui, le tout conjugué à une forte pression sociale et familiale, ont pu le mener aux pires extrémités.
Aurélien Recoing joue le rôle de ce mari avec beaucoup de finesse et Karin Viard est au niveau. L’image et la mise en scène sont de qualité ; le rythme et la BO aussi. Petit à petit les rouages du mécanisme d’enfermement du personnage sont démontrés. Non sans une certaine poésie d’une part, mais aussi avec une lucidité critique de cette société où il essaye d’évoluer ; le traveling lors de son passage le long de cet immense couloir de l’OCDE où il scrute bureau aprés bureau les activités des employés est magnifiquement réalisé : on ne sait trop s’il les envie ou s’ils l’effraient. Probablement se dit-il qu’un homme comme lui n’a pas sa place en ces lieux , mais en même temps que ces gens n’ont pas non plus le profil qu’il imaginait pour des travailleurs d’une association caritative mondialement reconnue et saluée : Tout ce luxe ostentatoire lui paraît disproportionné. Tout cela sonne faux à ses yeux.
Alors déjà perdu suite à ses mensonges et à une situation intenable il va être pris dans un engrenage terrifiant dont l’auteur tirera avec beaucoup de maîtrise le meilleur parti.
Chanson du titre: https://www.youtube.com/watch?v=emjLXdsj6xA