On dit souvent que les remakes et reboots redéfinissent le cinéma actuel mais le phénomène est pourtant loin d'être nouveau ! En témoigne ce troisième "Frankenstein" du cycle de la Hammer qui est le reboot de la saga seulement six ans après le précédent ! Ce dernier ayant effectivement été un échec relatif au box-office, la Hammer décide de revoir sa formule et s'associe cette fois avec Universal qui distribuera le film ! Un grand pas pour un studio discret qui gagne alors de plus en plus de terrain mais surtout de succès.
Un reboot, qu'à moitié puisque l'on retrouve Peter Cushing en baron Frankenstein qui, une nouvelle fois, est obsédé par l'idée de créer un être parfait. Bien pratique, pas besoin de se casser la tête à raconter une nouvelle histoire, on refait le premier mais en changeant quand même deux/trois trucs. Le principal : le film se déroule en deux temps, d'abord dans un flashback (comme dans le premier, tiens, tiens) relatant comment le baron a créé sa créature et puis un second temps dans le présent diégétique suivant le baron défier les autorités qui l'avaient chassé dix ans auparavant. Et retrouver sa créature bien conservée dans la glace (oh bah ça, ça tombe bien alors !). Enfin si la suspension d'incrédulité du spectateur parvient à nous faire croire qu'une bâche transparente peut représenter de la glace (ah, la série B !).
Second changement majeur : Universal rentrant dans la course, la Hammer nous ressort la créature bien Karlovienne des années 30, ce qui déjà dans les années 60 étaient, je pense, bien kitsch. Car oui, si le premier mettait à l'honneur une créature plus organique avec un gore en couleur assumé et le second une créature beaucoup plus clinique avec la transplantation de cerveau comme sujet principal, ici retour aux maquillages plus que bancals qui ne trompent personne. Puis bon revoir une créature ne savant pas aligner trois mots et se prendre les pieds dans le tapis, ça va bien cinq minutes.
Ce pourquoi est intégré le personnage de l'hypnotiseur, très aléatoire d'ailleurs, autant passionné que bourré et cupide, qui amène quelques bonnes idées (comme le fait de faire de la créature un simple pantin alimentant des besoins purement mercantiles à côté d'un Frankenstein qui s'imagine toujours en Dieu et qui se voit déposséder de son œuvre) mais qui surnagent dans une mer d'ennui.
Alors certes, les deux premiers n'étaient pas spécialement dynamiques non plus mais ils amenaient avec eux leur lot d'indéniables qualités. Le premier pour avoir poser les bases de ce qui fera la signature du studio pendant deux décennies tout en déterrant un monstre devenu la risée du public ; le second pour apporter cette horreur plus clinique donc mais également une approche plus philosophique qu'horrifique.
Pour cette "Empreinte de Frankenstein", rien de tout ça donc, le studio se contente de faire de l'horreur pour de l'horreur et c'est souvent bancal. En restera tout de même ces décors que je trouve toujours aussi beaux et cette mise en scène, racoleuse par moments (surtout dans la représentation des femmes mais c'est un long sujet) mais tout de même soignée et élégante.