Ce film est la transcription moderne d'une des plus vieilles légendes du monde antique et celtique, Tristan et Iseut. Cette adaptation au cinéma est assurée par le scénariste et dialoguiste Jean Cocteau sous la direction de Jean Delannoy.

A cette époque, Jean Cocteau, homme de théâtre, ne connaissait guère le cinéma. C'est à travers l'élaboration de scénarios, que Jean Cocteau s'y est peu à peu impliqué avant de passer à la réalisation dans, par exemple, son futur chef-d'œuvre "Orphée".

Le titre particulier du film est un choix de Cocteau qui, pour expliquer le travail de transcription moderne de la légende, faisait allusion à Nietzsche qui parlait de "l'éternel retour du même mythe ou des mêmes légendes sans que leurs héros s'en doutent".

Pour continuer dans les généralités, le film fut tourné en 1942-1943 aux Studios de la Victorine, dans les environs d'Aurillac (pour les scènes de montagne) et au bord du Lac Léman (pour les scènes maritimes) échappant à un tournage à Paris sous occupation allemande. Ce fut un succès immédiat et énorme en France occupée notamment par la présence de Jean Marais qui y porte notamment des pulls Jacquard créant un engouement sinon une mode et /ou par le style de coiffure (avec une grande mèche) de Madeleine Sologne … J'ose espérer que le succès ne dépendait pas que de ça, mais sait-on jamais … Après-guerre, le film fut très critiqué surtout en Angleterre qui y a vu une production collaborationniste arianisante (en particulier à cause du look de Marais et Sologne)…

Aujourd'hui, c'est un film qui semble redécouvert suite à sa remastérisation de très bonne facture. Mais comme souvent avec Cocteau, ça reste un film un peu insolite, un peu orphelin tant on a du mal à le classer ou à le relier à un courant. Personnellement, j'ai trouvé que l'accès à ce film, que j'ai découvert récemment, n'est pas si facile. En effet, les dialogues sont assez épurés et faussement banals. Si le spectateur ignore le contexte légendaire, il risque bien de trouver l'histoire corneculesque et de s'y ennuyer ferme car, il faut bien dire qu'il ne s'y passe "apparemment" pas grand-chose sur les presque deux heures de film.

Patrice (Tristan) est le neveu d'un gros propriétaire foncier Marc, célibataire, qui vit avec sa sœur, son mari et leur enfant, Achille, un nain méchant (Rohalt dans la légende, qui voit d'un mauvais œil Tristan devenir le successeur de Marc). Patrice va récupérer Nathalie (Iseut la blonde) sur une île et l'arrache à l'influence d'un ivrogne violent Morholt à qui il fout une trempe (un géant sanguinaire de même nom dans la légende) pour l'offrir à son oncle Marc. Etc…

On y retrouvera "Iseut aux blanches mains" à travers une autre Nathalie, qui sera jalouse de la première, la vraie, et accélérera la mort de Tristan (pardon, Patrice) qui dira la fameuse phrase "je ne peux retenir ma vie" etc … etc …

Pour ma part, il est clair que l'intérêt de ce film est d'y retrouver la légende et d'en apprécier la transcription dans le monde moderne où il n'y a plus ni rois, ni chevaliers, ni dragons.

Côté casting, on s'en doute un peu, Patrice est interprété par un Jean Marais aux cheveux blond platine que je trouve romantique à souhait … avec sa voix si caractéristique (dont j'ai découvert dans le bonus que Jean Marais détestait absolument).

Nathalie (Iseut la blonde) est interprétée par Madeleine Sologne dont c'est peut-être un de ses plus grands rôles.

La Brangaine du mythe (qu'on retrouve surtout dans l'opéra de Wagner) est ici sous la forme de Anne et est interprétée par Jane Marken.

Mais c'est le rôle du nain qui est une composition intéressante assurée par un certain Pieral qui transpire la méchanceté et qui fait en quelque sorte office du Destin malfaisant. On a déjà vu cet acteur dans "les visiteurs du soir" et il tournera à nouveau avec Delannoy dans "ND de Paris".

L'Éternel Retour est un film très intéressant, d'accès pas si évident où j'ai bien aimé me laisser bercer par cette belle légende dans un contexte moderne.



JeanG55
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le 20 juin 2022

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