Adaptation d'une nouvelle éponyme de 1947 par un certain Emmanuel Kazakevitch, ayant reçu un des nombreux prix Staline l'année suivante, "améliorée" par un repompage éhonté du soldat Ryan, avec par exemple le personnage de l'interprète directement copié-collé du film de Spielberg et celui du sniper à peine adapté (les prières qu'ils récite sont sibériennes).
Pour l'anecdote, on y voit Alexeï Kravtchenko, le gamin de Va et regarde, devenu un bon gros garçon 15 ans plus tard et apparemment remis de son traumatisme, à qui le film va offrir l'occasion d'occire moult nazis avant de se faire héroïquement zigouiller.
Précisons que l'histoire est totalement fictive. L'opération Bagration a bien eu lieu, mais le reste est absolument bidon. La division SS Wiking n'a pas du tout été repérée et a infligé des pertes considérables à l'armée rouge, ce qui n'a rien changé tant la supériorité globale de l'URSS était déjà établie. Le soldat Ryan avait au moins l'excuse de s'inspirer (plus que librement) d'un événement réel. Ici il s'agit juste de délirer sans aucune retenue sur une Grande Guerre Patriotique fantasmée.
Le niveau de glorification du massacre dépasse celui de l'époque où ce vieux saligaud de père des peuples était encore de ce monde. La propagande soviétique ne mettait pas en scène des batailles ridicules pour gosses de 10 ans qui jouent à la guéguerre. Dans la nouvelle, le beau lieutenant Travkine et ses héros évitent de se suicider en se laissant enfermer dans la grange où ils ont été surpris, et préfèrent filer à l'anglaise, si j'ose dire.
La Russie est le seul pays que je connaisse qui consacre autant d'énergie à poétiser la guerre. C'est pire que John Wayne dans Les bérets verts. Cette superproduction besogneuse du début du règne de Poutine préfigure les gosses qui en 2025 défilent en petits uniformes d'époque dans des chars et des avions en carton et chantent des chansons édifiantes sur la lutte contre les ennemis de la Mère Patrie.