L'Étrange Histoire de Benjamin Button par TheGreatGatsby
Je suis grand fan de Fincher mais j’ai bien du mal à situer ce Benjamin Button dans sa filmographie. A la lecture des notes de production, il semble qu’il s’agisse d’un projet personnel de Fincher (au contraire de Panic Room ou de Millenium) qu’il a porté pendant 12 ans depuis le jour où il a lu la nouvelle de Fitzgerald. A la vision du film, on peut en douter tant les obsessions de Fincher sont diluées dans un récit plus proche de la façon de faire de Zemeckis (le scénariste de Forrest Gump est aux manettes) ou de Spielberg.
Visuellement, Button est un beau film, qui respire le travail bien fait et la minutie fincherienne. Le récit est très direct : de la naissance à la mort du personnage (peu importe qu’il naisse vieux après tout), mais contrairement à Forrest Gump, Button reste une histoire intime qui emprunte assez rarement les chemins de l’Histoire avec un grand H. C’est une histoire personnelle, celle d’un homme qui va à l’envers du temps des autres, telle une malédiction mythologique. Les routes de Benjamin et de Daisy se croisent et cette jonction est le moment heureux du film avant la tragédie programmée (ici la jeunesse – avec un Brad Pitt très James Dean – est forcément vécue comme une mort).
Revoir Benjamin Button, c’est plonger dans un film plus lugubre qu’il n’y parait. La mort et la tyrannie du temps rôdent dans chaque scène, souvent sombre, à l’éclairage naturel minimal (le premier amour de Button, ses virées en ville, l’épisode du bateau…). La période heureuse ne dure qu’un temps, vite rattrapée par la tragédie de l’horloge qui n’épargne personne, à l’envers ou à l’endroit.
Dans la filmographie de Fincher, Benjamin Button a une place similaire à l’Elephant Man de Lynch : un film classique, accessible, presque trop propre sur lui mais qui cache ses blessures sous sa couche de vernis hollywoodien.