Lorsqu’une œuvre est trop attendue, on ne peut qu’être déçu. L’évènement m’a déçu. Déçu parce qu’il est facile de choquer avec des images violentes. Déçu car le livre éponyme dont il est adapté parvenait en peu de pages à faire ressentir le profond désespoir de cette course contre la montre, et le dégoût pour la chose croissante en soi, tel Rosemary’s Baby.
Il n’est toutefois pas judicieux de comparer les deux œuvres. Le film d’Audrey Diwan s’inspire davantage qu’il n’adapte le livre d’Annie Ernaux. De plus, dans son propre Évènement, Annie Ernaux racontait un récit qui était le sien ; sa douleur, ses mots, son vécu. L’évènement d’Audrey Diwan m’a plutôt rappelé deux films sortis quelques mois auparavant : Énorme de Sophie Letourneur et Titane de Julia Ducournau. Trois œuvres racontant une grossesse impossible, interdite ; celles qui mettent directement en péril la vie de ces femmes ; celles qui content le caractère infernal de la situation.
Énorme fut la ressemblance la plus frappante, la plus troublante. Tant sur le plan esthétique (avec leur inhabituel format 1.33 / 1.37, comme pour enfermer leurs héroïnes) que dans l’insupportable aboutissement (au sens d'éprouvant). L’évènement n’en reste pas moins un film très fort et réussi. L’immense empathie qui se dégage de nous ne peut que souligner le talent de ses interprètes et de la mise en scène.
Enfin, l’œuvre est un rappel plus que jamais nécessaire et politique de l’importance du droit à l’avortement – ou tout simplement du droit des femmes de disposer de leur corps.