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SuivreUne femme sous échéance
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Autant le dire d'emblée : petit bijou du genre diamant brut.
L'écriture d'Annie Ernaux est sèche et précise, aussi la plus belle qualité du film me semble d'avoir su restituer cette âpreté dans l'image.
Le monde d'Anne nous est tout de suite circoncis à sa vision. Pas un plan dont elle est absente, pas un pas de côté pour nous laisser respirer. Dès que la mécanique implacable est enclenchée, nous évoluons dans un périmètre étroit. L'intimité trouble de ce personnage, finalement insondable, nous sera tantôt proposée, tantôt refusée, souvent imposée (climax assez insoutenable).
Que dire de cette France de province (Angoulême et sa fameuse fac de lettres !!!) dans son corset moral et hypocrite qui pressurise ses étudiants sous des tonnes de" bienpensanse" [sic]? Eh bien les garçons y tiennent une place de choix dans le machisme le plus brutal, et les parents résignés achètent leur confort familial en détournant les yeux. L'inquiétude quant au riche avenir vient aussi troubler les émois du désir amoureux (révisions, pression des examens, cohabitation difficile dans la cité universitaire). Curieusement, tout cela sonne juste, avec le léger décalage de la société d'avant mai 68. Juste et un peu exotique.
La mise en scène est sobre, avec un cadre précis, chevillé à l'héroïne, sans fioriture. Les scène en extérieur laissent la lumière du printemps tout écraser, et les scène d'intérieur proposent une nuance plus sombre, comme si Anne marchait sur le fil ténu entre la vie au grand jour (mais dangereuse, car moralement réprouvée) et la vie cachée mais sans perspective.
Le combat qu'elle mène nous semble à la fois précis (choix de la maternité ou de la liberté) mais aussi symbolique : les femmes doivent se battre pour obtenir des droits décents, aussi l'avortement n'est-il qu'un aspect d'une lutte plus profonde qui encore aujourd'hui n'a pas totalement pris fin.
Un film fort, humble, qui effleure ses personnages et ne répond pas totalement à la question qu'il pose.
Créée
le 19 févr. 2022
Critique lue 80 fois
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