Les Italiens sont toujours dans les bons coups. En réunissant en tête d’affiche Roger Moore (qui était l’actuel James Bond) et Stacy Keach (qui n’était pas encore Mike Hammer mais qui avait une belle filmographie), les producteurs étaient certains de tenir une bonne opportunité de faire des entrées. Cela était d’autant plus vrai que le film était intégralement filmé à San Francisco et reprenait les codes traditionnels du poliziottesco, eux-mêmes en partie inspirés du polar urbain américain. Pour cela, rien ne manquait à l’affaire : le milieu maffieux alors très à la mode, une histoire de drogue, de l’action avec, notamment, une grosse course-poursuite en voiture dans les S surplombant le Goden Gate et une sorte de buddy movie avant l’heure. Le tout tourné par un réalisateur habitué des séries B, notamment quelques westerns et films de guerre, mais aussi le plus distingué La Victime désignée. Pour s’assurer de bien s’intégrer dans l’ambiance américaine, les producteurs ont même fait appel à Ernest Tidyman à l’œuvre dans l’écriture de French connection. Le film a cependant été un échec cuisant et est en passe de tomber dans l’oubli. Le duo d’acteurs, qui était la véritable caution de l’ensemble, ayant déclaré qu’ils n’avaient pas mieux compris le film en le regardant qu’en le tournant, on comprend qu’il ait été soigneusement placé au fond d’un tiroir.


Tout n’est pourtant pas à jeter dans ce pur poliziottesco qui convoque les thèmes habituels du genre et qui s’appuie sur une réalisation plutôt nerveuse où les bagarres sont nombreuses, les poursuites en bagnole très soignées et le récit toujours lisible. Tout juste pourrait-on critiquer un scénario qui s’essouffle en fin de parcours avec une résolution pas franchement convaincante et une séquence finale à côté de la plaque. Reconnaissons cependant à l’ensemble sa capacité à divertir agréablement dans ce qui n’est évidemment pas un grand film mais une série B qui en vaut bien une autre et qui est servi par un duo convaincant même si Roger Moore fait toujours, bien évidemment, so british dans le rôle d’un Italien implanté à San Francisco. Profitant d’un tournage aux États-Unis, Maurizio Lucidi, quant à lui, livre des plans à la fois iconiques du lieu mais aussi des plans tout à fait originaux, aux abords du port, notamment, mais aussi sur les toits de la ville. Le tout est porté par l’agréable musique de Luis Bacalov dont les partitions sont toujours un gage de qualité.


L’Exécuteur mérite-t-il d’avoir été autant vilipendé à sa sortie et d’être, semble-t-il, aujourd’hui, voué à la disparition ? Certainement pas. On exhume bien d’autres titres du genre qui ne sont pas de grandes réussites et de nombreuses scènes ici sortent du lot. Les séquences d’action ne sont pas un fourre-tout sans queue ni tête, le récit se tient et le duo mal assorti qui pourra rappeler celui formé par Roger Moore et Tony Curtis est un véritable argument. Dispensable certes, mais tout à fait acceptable.


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le 10 févr. 2025

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PIAS

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