Juste après le triomphe de son film "New-York-Miami", Frank Capra sombra dans une profonde dépression qui alla jusqu'à le faire douter de son propre talent. Complètement désarçonné, il n'avait plus la force de tourner un seul film. C'est alors qu'un « guérisseur » lui rappela qu'il avait une position privilégiée de metteur en scène à Hollywood et qu'il devait absolument s'en servir pour faire le bien. Suite à ce conseil, Capra décida donc que, dorénavant, il réaliserait des films prônant des valeurs justes telles que l'humanisme et l'entraide. Une fois cette décision prise, son état dépressif disparut immédiatement et il recouvrit sa joie de vivre.


On ne sait pas si cette belle histoire, racontée par Capra lui-même, est véridique ou non. On est cependant certain d'une chose : après New-York-Miami, celui-ci réalisa en effet une série d'oeuvres humanistes et populistes dont la première d'entre elles fut Mr. Deeds goes to town.



Mr. Deeds à la conquête de New-York



Alors qu'il coule des jours heureux dans son petit village de Manfrake Falls, Longfellow Deeds voit un jour sa tranquillité perturbée lorsque des hommes de la ville viennent à sa rencontre pour lui annoncer qu'il doit toucher un important héritage. Cette nouvelle l'obligera à se rendre à New-York pour gérer sa nouvelle fortune. Une fois là-bas, il tombera hélas sur de mauvaises personnes qui tenteront de profiter de lui...


Au vu de son schéma narratif, Mr Deeds goes to town constitue donc un récit montrant l'opposition entre le héros Deeds et les habitants de la grande ville, la plupart d'entre eux constituant une élite bourgeoise et intellectuelle cupide. Dans ce conflit, opposant finalement deux visions de la société américaine, il n'est pas difficile de voir que Capra soutient sans réserve son héros. En effet, à travers Deeds (magnifiquement interprété par Gary Cooper), le réalisateur exalte les valeurs d'une Amérique rurale, basée sur la justice sociale, l'entraide et le patriotisme. Alors que de l'autre côté, il critique une élite, représentante d'un capitalisme exacerbé qui entraîne la corruption et un individualisme trop poussé.


Véritable discours populiste et engagé de la part de Capra, la résonance de cette réflexion est d'autant plus forte qu'elle trouve un écho dans la période où sort le film, c'est-à-dire la Grande Dépression, époque durant laquelle des millions d'américains vivent précairement et ont cruellement besoin d'aide.


Pour revenir au ton critique employé envers les citadins, on le retrouve également dans le film à l'encontre du journalisme. En effet, à travers ces fameuses séquences dans lesquelles l'on voit des titres de journaux défiler à toute allure, Capra critique une presse de sensationnalisme qui ne soucie pas de son devoir d'information mais qui, au contraire, semble s'amuser à manipuler l'opinion publique selon son bon vouloir.


Cependant, malgré la gravité de ses thématiques, Mr. Deeds goes to twon demeure une oeuvre profondément joyeuse et ce, grâce à l'optimisme et l'humour constant qui transpirent à travers chaque scène (que ce soit lors des apparitions de la sublime Jean Arthur ou lorsque Deeds s'adonne à ses pitreries). De plus, la mise en scène mouvementée et la diction rapide des acteurs permettent au film d'avoir un rythme soutenu du début à la fin.


Bref, Mr Deeds goes to town fait incontestablement partie de ces grandes comédies qui, en à peine quelques séquences, arrivent à nous redonner le sourire.

Watchsky
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le 24 nov. 2016

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