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le 28 août 2026
SuivreLe Corps étranger !
C'est la première fois que je me confronte au cinéma d'Arthur Harari — je n'ai vu aucune de ses autres réalisations jusqu'ici, ne le connaissant auparavant qu'en tant que co-scénariste des films de...
L'Inconnue, on sent qu'il est le résultat d'une longue et difficile gestation. Connaissant le cinéma cérébral que nous fait Harari la plupart du temps, le principal écueil aurait été que la gestation fusse purement intellectuelle. La BD du frère Harari a sans doute été pour quelque chose dans ce rapprochement de l'image, rapprochement tel qu'il devient l'un des thèmes principaux de ce film: l'image dans sa dimension symbolique, réduite au mot, "absente de tous bouquets" -- disant ici la disparition du père photographe, et la difficulté du fils à en faire le deuil.
Très vite, l'image se dédouble curieusement, reflétée par un jeu de miroir, creusant à la surface cette béance qui sépare l'homme d'une femme: c'est l'inconnue rencontrée lors d'une soirée. Un "coup d'un soir" qui finit par devenir le coup d'une vie. N'allez pas croire qu'il y a une quelconque vérité sur la sexualité ou le genre là-dedans, tout le film est monté de manière à nous dissuader d'aller au-delà de l'image du corps. La leçon de Hitchcock porte ses fruits: l'intrigue sans la prétention de toucher au réel, ou plutôt le réel comme pure intrigue, comme mystère ou énigme, le regard guidé par le mouvement de caméra. Les acteurs aussi semblent aussi avoir pigé le truc - ce qui est plutôt remarquable pour Seydoux, habituellement moins inspirée...
L'énigme, c'est cette aberration, cette créature métaphysique, cette "Personne" qui n'existe pas mais qui circule quand même en bouleversant tout sur son passage. Réactualisation très intéressante du mythe du Döppelganger. Avec les frères Harari, on se retrouve dans un véritable conte fantastique de E.T.A Hoffmann, celui qui a popularisé la figure du double et de l'angoissante étrangeté qu'il traîne sur son sillage comme de la bave de limace, celui qui a aussi porté à la littérature la parenté du voyeurisme et du mal. Voir implique nécessairement un angle mort, un point aveugle de la vision, et c'est le Döppelganger qui en incarne l'énigme en dispersant toutes les identités, passant dans les corps pour en intervertir les images, minant ainsi la prétention à la maîtrise du corps, qui n'est finalement rien d'autre que la maîtrise de son image ("A = A", "Je = Je", "l'autre = l'autre").
Le principal souci de ce film à mon avis, c'est qu'il est trop maîtrisé, trop maîtrisé dans son propos et dans son montage, trop hanté par ce point de vue aveugle que ni l'oeil ni l'objectif ne peuvent saisir, faisant du film la représentation "pure" d'une quête d'impossible. La fin propose une belle ligne de fuite, après une scène très émouvante de discussion où le fils comprend que son corps n'a pas tout à fait disparu en écoutant sa mère en évoquer le souvenir... Mais on nous fait emprunter bien des détours pour en arriver là et ce sont des détours qui manquent paradoxalement de gratuité. Sans parler de quelques enflures stylistiques, ça et là... L'énigme est un peu trop prise au sérieux, (alors qu'au fond toute énigme est une devinette), l'intrigue est trop serrée pour rire d'elle-même de son invraisemblance, et nous avec elle. Ce film n'a pas le comique qu'il peut y avoir dans d'autres films "unheimlich", dans la veine de certains films de Hitchcock ou dans Blue Velvet de Lynch, et c'est dommage parce qu'il y avait du potentiel de ce côté-là.
Maintenant, je retourne rêver d'un Jacques Offenbach qui ferait de L'Inconnue ce qu'il a fait des Contes nocturnes de Hoffmann...
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