2026 s’annonce comme une année faste pour les comédies françaises, avec des œuvres qui redéfinissent le genre par leur audace. Marsupilami a ouvert le bal en janvier avec une comédie d’aventure familiale flamboyante, tandis que L’Infiltrée dès ce début février, s’impose déjà comme une nouvelle référence de la comédie policière, prouvant la vitalité d’un cinéma comique hexagonal en pleine effervescence.
L’Infiltrée, premier essai derrière la caméra d’Ahmed Sylla, qui co-signe également le scénario, revisite avec originalité le trope éculé de l’infiltration policière. Maxime, agent zélé mais foncièrement inefficace, se voit contraint de se métamorphoser en femme pour pénétrer un gang impitoyable. Cette prémisse insuffle une fraîcheur bienvenue en explorant, sous couvert de rires, les thèmes plus subtils de l’identité de genre et des stéréotypes sociaux. Le rythme effréné des quiproquos et des gags évoque les sommets du burlesque, où chaque situation absurde devient le prétexte d’une réflexion déguisée en farce jubilatoire.
Ahmed Sylla, jonglant entre les casquettes d’acteur principal et de réalisateur, fait preuve d’une maîtrise inattendue. Les séquences de transformation de Maxime en "Lupita" constituent de véritables pics d’hilarité : les maladresses lors des essayages de perruques et du maquillage provoquent des éclats de rire inévitables, soulignant l’absurdité du déguisement forcé. On saluera également la performance de Kaaris en chef de gang : il transcende son image de rappeur pour livrer une composition imposante et diablement drôle. Son charisme brut confère à son personnage une profondeur qui élève son rôle loin du caméo et bien au-delà de la simple pochade. Michèle Laroque, en supérieure acariâtre, injecte un décalage savoureux dans les échanges tendus du commissariat, tandis que le casting secondaire, incluant notamment Ichem Bougheraba, tisse une alchimie palpable qui rend chaque dialogue pétillant.
Les situations comiques foisonnent avec une inventivité rare, souvent centrées sur les maladresses physiques et les malentendus liés au déguisement. Par exemple, lorsque Maxime/Lupita rate comiquement ses premiers contacts avec le gang lors d’une soirée, déhanchements approximatifs et regards suspicieux provoquent des rires francs des spectateurs. Les tentatives d’approche de Lupita pour soutirer des informations, perchée sur des talons instables et portée par des improvisations verbales hasardeuses, engendrent une cascade de situations irrésistibles. Bref, toute la salle était hilare pendant les 1h30 du film.
Côté mise en scène, Ahmed Sylla étonne par un style visuel dynamique. Sa mise en scène est soutenue par une musique qui ponctue parfaitement les revirements comiques. Malgré quelques longueurs dans le troisième acte, L’Infiltrée demeure une réussite éclatante grâce à son humour plus intelligent qu’il n’en a l’air, sa distribution impeccable et ses choix de casting audacieux (à l’image de Kaaris). Le film démontre que le cinéma français peut encore surprendre par son inventivité, offrant une proposition rafraîchissante dans un genre trop souvent formaté.