Il est finalement assez révélateur que la première scène du film soit un faux-semblant. La violence toute relative de la première phrase prononcée par Rochedy Zem semble bien trop grave ou trop risible pour un film qui ne fait que jouer, comme le personnage de Michel à ce moment-là. On jouera à être en prison comme on jouera au braquage, et on traversera des espaces du monde social qui sont autant de terrains de jeu, avec une légèreté qu’il serait malvenu de requalifier en inconséquence. Du cinéma qui joue à être du cinéma jusqu’à l’excès, avec grain vintage de l’image et de la direction artistique, et split-screen, voilà qui aurait pu créer un décalage intéressant voire ironique ou au moins un pur amusement désuet. Mais l’excès n’est pas exactement ce qui frappe dans ce film, car reprennent leurs droits rapidement non seulement des sillons narratifs assez convenus (c’est de bonne guerre), mais surtout la ritournelle de la résilience amoureuse qui aura été le sujet caché depuis le début, le seul qu’on est invité à prendre au sérieux, car sans doute le seul à être pris au sérieux par ce petit milieu là dans leur vie quotidienne.
D’abord timide, n’osant pas trop se montrer derrière les larges épaules du polar, il n’apparaîtra que lors d’une scène de jeu (décidément !) à la station-service et finira triomphant dans la dernière scène, après que l’intrigue de polar en ait désamorcé le sérieux aussi longtemps que possible en lui insufflant de la légèreté. Ce qui ne l’a malheureusement pas rendu, à mes yeux, moins cul-cul. Je ne me suis cependant pas senti nostalgique de l’agréable inconséquence qui a prévalu avant, et dans le reste des films de Louis Garrel tant qu’on y est, qui n’ont jamais réussi, malgré leur charme, à me faire bouger l’autre après avoir touché l’une. On avait besoin de ça, crient cependant public et critique, et on est soudain gêné de déranger dans un de ces moments de communion tel que le cinéma français bourgeois sait en créer autour de ce qui les rassemble le plus visiblement, le vide.