SPOILER DANS CETTE CRITIQUE
Entre le conte philosophique, la fable allégorique, le récit fantastique et l’épopée romanesque, L’Odyssée de Pi est une œuvre unique en son genre !
Piscine Patel, dit Pi narre tout le long du film son incroyable historie à un écrivain perdu et en quête d’un nouveau récit ; Une histoire qui le fera croire en Dieu…
C’est un film qui nous parle de foi, sous sa forme la plus pure. D’une foi tolérante, aimante et qui n’a pas de frontière. Ang Lee, célèbre réalisateur de l’incroyable, Le Secret de Brokeback Mountain, fait un choix très judicieux. Il ne choisit pas de raconter son histoire à partir d’un point de vue religieux spécifique mais parle de la croyance de façon universelle. En effet, Pi, commence à raconter son histoire à partir de son enfance, où il se trouvait encore en Inde. Il partage avec l’écrivain, les différents récits de sa rencontre avec Dieu. La première fois Dieu est venue à lui sous la forme de Krishna, divinité centrale de l’hindouisme. La deuxième fois, il lui est apparu dans une église, sous la forme du sacrifice du Christ, ce qui l'a porté à aimer le fils de Dieu. La troisième fois c’est sous le nom d’Allah que Dieu s’est présenté, permettant à Pi de se rapprocher de lui ; à travers les sons et les mots prononcé lors du récit du Salât.
La beauté du message à lui seul vous touche, car il est candide comme l’enfant qui est entrain d’en faire l’expérience. Il n’a pas de jugements comme l’Homme qui est remplie de tous les principes erronés et clichés qui ont contaminé ce monde. Car la foi ne se cantonne pas à un seul visage et en tant qu’humain on a malheureusement plus tendance à se concentrer sur la représentation qu’on a voulu lui donner ; qu’à se focaliser sur son message et sa forme principale, qu’est l’amour universel. Ne serait-ce que pour ce point de vue remplie de tendresse, on est conquis !
Ensuite viens l’adversité, celle qui mettrait la foi de quiconque à rude épreuve. Alors que Pi et sa famille partent rejoindre la Canada à bord d’un cargo, qui transporte aussi les animaux appartenant au zoo de son père ; Ils voient leurs rêves d’un avenir meilleur en Amérique brisé à cause d’une tempête apocalyptique. Elle noie tout sur son passage, elle est dévastatrice et meurtrière. Elle laisse le spectateur le souffle court et remué. Pi, quant à lui, « seul » survivant de cette catastrophe se retrouve sur un radeau de sauvetage avec un hyène, un zèbre, un orang-outang et surtout un tigre du Bengale ; Qui l’accompagnera jusqu’à la fin de son naufrage.
La survie commence donc en plein milieu de l’océan pacifique, avec peu de vivres et un tigre qu’il faudra bientôt nourrir si on ne veut pas devenir son dernier repas. La cohabitation sera plus que laborieuse et poussera Pi Patel, à se surpasser pour continuer à rester en vie jour à après jour. Il se tissera aussi une relation unique entre Richard Parker et Pi, qui survivront tour à tour l’un grâce à l’autre.
Ce film met aussi en lumière une aptitude assez fascinante chez les êtres vivants, la résilience. Malgré les terribles épreuves auquel la vie peut nous confronter, l’être humain à cette capacité quasi mystique de se régénérer, de renaitre de ces cendres. Pi n’en déroge pas et c’est au milieu d’une épreuve qui en aurait tué plus d’un, aussi bien physiquement que mentalement, qu’il subsiste et trouve une certaine paix intérieure. Cette capacité qu’à l’être humain de voir la beauté cachée de chaque chose ou expérience qu’il vit est peut-être provoqué, en partie, par l’instinct de survie mais j’aime à croire qu’il soit induit surtout par la beauté indéfectible de la vie.
Cette beauté est présente à plusieurs niveaux aussi bien dans son fond que dans sa forme et quelle forme ! L’esthétique de ce film vous hypnotise et vous coupe le souffle à plusieurs reprises. Entre beauté presque surréaliste ou divine, provoqué par une image très photoshopé. Elle nous ferait presque nous demander à plusieurs reprises, est-ce réel ou est-ce un rêve ? Est-ce que nous aussi nous nous laisserions atteindre par la folie de cette traversée du désert ?
C’est à la fin de ce quasi rituel initiatique pour le spectateur, que l’intrigue prend une tournure différente. Comme il a questionné la foi, il va questionner maintenant celle du spectateur. C’est à ce moment là que le réalisateur insère le doute dans l’esprit de son public, de manière totalement inattendue. Alors qu’il s’était laissé emporter et imprégné si profondément dans cette histoire, tout bascule. On se rends compte aussi que l’esthétique qui a été mit en place appuie aussi ce doute. Car certaines scènes étaient trop belles et trop parfaite pour être réelles…
Est-ce que tout ce que j’ai vu, tout ce en quoi j’ai cru, est faux ?
Là réside le dernier coup de maître d’Ang Lee ! Car là encore, n’est pas qu’une question de foi ?