L'Œuf de l'ange
7.3
L'Œuf de l'ange

Long-métrage d'animation de Mamoru Oshii (1985)

Angel’s Egg : la genèse d'un mouvement majeur, mais une genèse embryonnaire

Sorti du cinéma, j’avais cette sensation étrange d’avoir assisté à un rite initiatique :

j’avais enfin vu l’œuvre primordiale, la soupe originelle d’où ont émergé, en mieux, Blame!, Berserk, Shadow of the Colossus et toute la mythologie ténébreuse des Soulsborne/Sekiro/Elden Ring. Et le tout dessiné par l'un des grands noms de Final Fantasy.

Une sorte d’alpha artistique, un fossile sacré qu’on examine avec fascination, même s’il ne bouge plus beaucoup.


Et pourtant, difficile de nier l’éclat fugace du film : son rapport à la foi qui se délite, au cycle sans fin, à cette quête poursuivie par habitude plus que par sens, m’a réellement touché. On sent Oshii aux prises avec sa propre crise spirituelle, son catholicisme vacillant, et il y a là une mélancolie sincère, presque douloureuse.


1) Une œuvre-matrice dont tous les héritiers ont perfectionné les failles


Et les différentes brochures et supports marketing reçus au début du film ne s'y trompaient pas. Dans ce monde figé, on reconnaît déjà :


l’errance interminable et la verticalité oppressante de Blame!,

- la solitude sacrée et minérale de Shadow of the Colossus,

- le cycle absurde et cosmique des Souls, l’éternel recommencement sans explication,

- et bien sûr, le parallèle immédiatement frappant entre l’œuf du film et le Behelit de Berserk, ce talisman qui porte un destin sans révéler s’il sauvera ou condamnera.


Mais tout ce que ces œuvres développeront avec finesse, subtilité ou brutalité maîtrisée, Angel’s Egg ne fait que l’esquisser, parfois avec grâce, parfois avec la gaucherie d’un geste trop tôt arrêté.


NB: Par ailleurs, je suis très heureux de n'avoir lu le fascicule qui faisait état de l'héritage d'Angel Egg qu'après avoir regardé le film car je n'ai pas été influencé par ces références a priori, mais surtout parce que j'ai reconnu le lien de paternité par instinct.


2) Cryptique, oui… mais pas assez habité


Là où les successeurs ont transformé l’ellipse en langage, ici la narration cryptique tient davantage de silences mal réglés.


Le film accumule des symboles sans véritable fil conducteur:


- Les chars d’assaut dont descend le garçon : apparition brute, jamais expliquée, jamais reliée au reste.

- Les anges embryonnaires prisonniers d’énormes œufs au-dessus de la ville : vision puissante, mais détachée, presque décorative.

- Le vaisseau final, mélange de mythologie et de traumatisme religieux, évoquant le rapport chrétien à la peur et à l’adoration : magnifique sur le papier, mais laissé à l’état de silhouette conceptuelle.

- Et la mort de la jeune fille, suivie de l’éclosion d’une multitude d’œufs: serait-ce une renaissance ? répétition ? punition ? L’image est belle, mais le film ne lui donne ni chair narrative ni véritable point d’ancrage émotionnel.


Chez FromSoftware, Nihei ou Ueda, ces symboles sont des portes entrouvertes.

Chez Oshii, ce sont des portes dessinées à la craie sur un mur.


3) La 4K au cinéma : le luxe de voir plus nettement les limites


Ajoutons à cela que je l’ai vu en remaster 4K.

Hélas, sur des images aussi statuesques, aussi pauvres en détail, aussi rigides, la haute définition n’offre que le privilège cruel de contempler les défauts avec plus de précision.


On distingue mieux :


- l’animation parcimonieuse,

- les visages approximatifs,

- les fonds presque vides,

- et cette *scène du feu de cinq minutes*, interminable, comme si le projecteur tentait lui aussi de méditer sur le sens de l’existence. Cette scène d'ailleurs qui a probablement inspiré les feux de camp dans les Soulslike, tant la posture du protagoniste et le décor rappelle à s'y méprendre le Sanctuaire du Lige-Feu de Dark Souls 3.


Quant à la patte d’Amano, que j’espérais éthérée, vaporeuse, sublime… elle apparaît ici écrasée, brouillée, privée de la finesse qui fait habituellement son charme. Loin du choc esthétique imaginé.


4) Verdict

Angel’s Egg est une œuvre fondamentale, mais pas une œuvre majeure.

C’est une source, pas un fleuve ; une intention, pas une maîtrise.

Une promesse magnifique, que d’autres, plus tard, rendront réelle, puissante, inoubliable.


J’en ressors fasciné par son influence, touché par ses thèmes, reconnaissant d’avoir vu la graine… mais intimement convaincu que ce sont ses descendants qui en portent réellement la grandeur.


AlemMoorish
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le 9 déc. 2025

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AlemMoorish

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