"La ballade des Dalton" est le dernier film sur lequel a travaillé René Goscinny avant de disparaître prématurément. Celui-ci était même pratiquement terminé avant son décès. Sa patte, tout comme son génie créatif, étaient encore une fois bien présents sur le projet. Passionné par les États-Unis, il avait trouvé en "Lucky Luke" de quoi exprimer cette fascination pour le pays de l’oncle Sam, en évoquant son histoire et ses mythes à travers son art du divertissement.
"La ballade des Dalton" est le deuxième – et dernier – film des studios Idéfix, ainsi que la deuxième adaptation animée pour le cow-boy qui tire plus vite que son ombre, et également la meilleure retranscription cinématographique de "Lucky Luke". Les deux auteurs de la bande dessinée, Morris et René Goscinny, sont ici scénaristes et réalisateurs. Et ça se sent : le métrage est à la fois un vrai western, un pastiche du genre, et un film populaire accessible aussi bien aux enfants qu’aux adultes, chacun y trouvant un niveau de lecture.
Tout comme le précédent long-métrage du jeune studio, "Les 12 travaux d’Astérix", la structure de "La ballade des Dalton" s’apparente davantage à une bande dessinée qu’à un récit de cinéma classique. Mais c’est un choix qui permet de multiplier les situations et les gags sans aucun temps mort. Que ce soit les personnages rencontrés, les lieux traversés, l’humour, les hommages ou les parodies, absolument tout est réussi, drôle, décalé, parfois barré, mais toujours cohérent avec cet amour du western.
Et comment évoquer "La ballade des Dalton" sans mentionner la bande-son signée Claude Bolling, qui avait déjà fait des merveilles sur "Daisy Town" ? Beaucoup plus variée que précédemment, elle culmine avec une chanson mémorable dont les paroles ont été écrites par Henri Gruel et Lawrence Riesner. Ce texte, mélange d’argot, de langage soutenu et de métaphores poétiques, est un bijou d’inventivité. Pour une simple ballade censée être destinée aux enfants, la chanson a beaucoup de caractère et met en valeur la richesse de la langue française. Elle n’a pas été conçue comme une simple ritournelle enfantine mais comme une ballade universelle, qui amuse les petits tout en séduisant les adultes par la finesse de son écriture.
"La ballade des Dalton" est à l’image du film qu’elle illustre. Et si l’on devait comparer ce long-métrage à "Daisy Town", tous deux issus de scénarios originaux et non d’adaptations directes de la bande dessinée, je trouve "La ballade des Dalton" bien plus abouti. Plus riche dans sa narration, plus maîtrisé dans son rythme, mais aussi plus soigné dans son dessin et son animation.
C’est LE film "Lucky Luke" au cinéma, le meilleur western français (a-t-il vraiment une concurrence ?) et surtout le dernier travail de Goscinny. Parti trop tôt, il nous a laissé une œuvre unique, certes inachevée dans son ambition, mais marquée du sceau de son génie. Une empreinte indélébile dans la pop culture franco-belge.