Film de René Clément sorti début 1946. Avec un tournage en 1945. Ces dates montrent que le film est tourné "à chaud". C'est bien mais cela peut avoir l'inconvénient (ou le risque) de se laisser aller au manichéisme.
Je ne me souviens plus quand j'ai vu le film pour la première fois, très probablement, à la télé, peut-être dans les années 70 … J'en avais conservé un très bon souvenir, presque exaltant. J'avais acheté le DVD il y a pas mal d'années (années 2010 ?) et le visionnage m'avait surpris par rapport au souvenir. Je viens juste de le revoir, me donnant encore du temps au temps et je confirme donc que ma perception a quand même bien évolué depuis les années 70.
Sur la forme, le film hésite entre deux genres, le documentaire et le film de fiction. Si j'osais, je dirais que le film est un documentaire illustré par des scènes de fiction… Des fois qu'on ne comprenne pas bien …
Sans nul doute, René Clément a bien réussi sa mise en scène pour aboutir à un film positif. Je ne sais pas dans quelle mesure le film est un film de commande. En tous cas, l'objectif du film semble clair avec une action qui se passe majoritairement en 1944. La SNCF constitue un échelon important dans le soutien à la Résistance ou aux alliés qui vont ou qui ont débarqué en Normandie. Plusieurs types d'actions sont détaillés montrant comment retarder à tout prix l'approvisionnement de l'armée nazie sur le front de l'ouest ; on y voit des scènes spectaculaires comme celle de ce train blindé qui va finir sa course dans un ravin. D'autres actions montrent l'aide aux réfugiés ou à ceux, comme les juifs, qui tentent d'échapper à la déportation. Enfin, tout ceci n'est ni facile ni gratuit et le film montre bien que le monde des cheminots paie aussi un tribut conséquent, bien connu, pour leurs actes de sabotage ou, tout simplement, comme otages.
Du coup, le film passe sous silence les actes bien réels de collaboration de la même SNCF avec l'occupant pendant quatre longues années, notamment dans les transports de déportés vers l'Est. Les choses n'étaient pas aussi simples dans la réalité. Mais en 1944 ou 1945, la priorité est à la reconstruction et à l'unité nationale. Ce qui se comprend aussi.
La distribution montre des acteurs quasi inconnus (en ce qui me concerne) voire peut-être même des vrais cheminots ; ceci renforce l'aspect documentaire qui a l'avantage de l'objectivité et d'éviter le pathos. En contrepartie, le temps ayant passé, le spectateur d'aujourd'hui n'ayant pas connu ces temps, aura peut-être plus de mal à se motiver sur des ébauches de personnages et sur l'absence d'une ligne plus romanesque.
Pour conclure, on peut dire que le film a les défauts de ses qualités et surtout correspond à une époque et à un contexte très particuliers dont il convient de tenir compte en regardant "la bataille du rail".
D'ailleurs, le réalisateur René Clément fera évoluer sa façon de voir les choses sur cette période noire de notre Histoire dans ses films ultérieurs comme le magnifique "Jeux interdits" (1952) mais aussi "Paris brule-t-il ?" (1966).