Le mythe de Faust immortalisé par les pièces de théâtre de Goethe que je ne connais pas ou si peu …, revisité par René Clair en 1950 dans un scénario établi par lui-même et Armand Salacrou.
On connait tous, le mythe de Faust qui, au crépuscule de sa vie, constate que tout son savoir ne lui a pas apporté le bonheur qu'il était en droit d'attendre pour ses bons et loyaux services. Il va signer avec Méphistophélès, l'envoyé du Diable, un pacte lui rendant sa jeunesse et lui promettant de profiter et goûter aux jouissances terrestres, contre l'engagement de céder son âme à la fin de sa nouvelle vie.
Évidemment, en présentant les choses comme ça, personnellement, je signe tout de suite, histoire de retrouver mes 20 ans, même si je dois céder mon âme (c'est quoi ça, au fait ?) à la fin. En attendant, j'y aurais au moins gagné une deuxième vie …
C'est là que le scénario (diabolique) de René Clair présente les choses un peu différemment. Alors que le vieux professeur Faust a passé sa vie à étudier et faire des recherches assez vaines, Méphistophélès lui garantit que, non seulement il pourra jouir et profiter de la vie, tutoyer les princes et séduire les princesses, il sera l'artisan du progrès et du bonheur de la société puisqu'il aura trouvé le processus pour produire de l'or.
La bonne question que l'homme, quel qu'il soit, ne se pose jamais, est : "le progrès, d'accord ! la richesse, d'accord ! Oui, mais à quel prix à la fin ?
"La Beauté du diable" est donc un film qui interroge sur le devenir de la société où, déjà, en 1950, certains progrès pouvaient présenter de sérieuses contreparties …
Mais attention, il ne s'agit pas pour autant d'un film à thèse ou à prise de tête. Le film est très plaisant à voir à travers les personnages souvent facétieux et les astuces scénaristiques que je trouve assez géniales dans la mesure où elles rendent l'aspect "fantastique" du film, vraisemblable ou possible.
Par exemple, René Clair modifie – logiquement ! – l'enveloppe du vieux professeur (Michel Simon) en la remplaçant par celle, goûteuse et séduisante, du jeune démon, Méphistophélès (Gérard Philippe). Tandis que le vrai Méphisto endossera la vieille défroque pour donner le change au regard de la société.
Michel Simon domine largement la distribution par son double jeu à la fois du vieux professeur et de Méphistophélès. C'est un acteur qui a une présence redoutable sur scène par son cabotinage et sa gouaille. Sa voix surtout, inimitable et indescriptible. Et ça passe toujours au regard du spectateur que je suis, impressionné par son humour à froid et son insolence quasi légendaire … Au point que Gérard Philippe a un peu de mal à exister. Mais c'est aussi un peu normal puisque son personnage a affaire à forte partie en étant le jouet du Diable.
Et je voudrais finir par la mise en scène qui me parait très soignée en particulier dans les décors du palais qui changent par des effets de lumière ou des transitions d'une scène à l'autre. La scène du miroir, où Méphisto dévoile l'avenir au jeune "vieux" professeur, est particulièrement réussie dans son caractère fantastique.
Et puis, avouons-le, j'aime ce diabolique titre "la Beauté du Diable" dans lequel je ne cesse de me perdre en réflexions et rêveries.