Il est toujours douloureux d'admettre qu'un réalisateur qu'on aime profondément s'est égaré, et la bienveillance de la critique française envers le ratage complet qu'est "la Caméra de Claire" témoigne surtout de son attachement - justifié à mon sens - à l'ineffable Hong Sang-Soo... mais ne rendra service à personne : ni à un metteur en scène conforté dans un ressassement stérile de ses mécanismes de narration - tournant ici totalement à vide - et de son sentiment de culpabilité quant à sa relation "scandaleuse" avec la belle Kim Min-Hee, ni au spectateur égaré dans une salle projetant ce film... heureusement très court. Ni bien sûr à la crédibilité d'une critique française souvent accusée d'élitisme... Passée une brève première demi-heure pendant laquelle les habituelles scènes de discussions plus ou moins alcoolisées au café, ou de rencontres "coïncidentales" sur la plage, chères au metteur en scène, exercent sur nous leur charme délétère, passée une autre dizaine de minutes à réfléchir sur les décalages chronologiques malins de la narration, un sentiment de vanité terrible nous saisit : Hong Sang-Soo n'a clairement cette fois rien à nous dire, rien à nous montrer. Absolument aucune idée de ce qu'il pourrait faire de ces quelques scènes tournées en marge d'un Festival de Cannes dont on ne verra rien, aucune trace. Sans doute conscient d'avoir mal filmé la meilleure actrice du monde (Huppert, à la dérive, ridicule même...), ce qui est pire qu'une faute (un crime), Hong abandonne d'un coup son film ni fait ni à faire, ses acteurs déboussolés et ses spectateurs dépités. Assiste-t-on ici seulement à l'échec d'un projet insuffisamment réfléchi, ou bien aux premiers signes de déroute d'un auteur prisonnier d'un système formel épuisé ?


[Critique écrite en 2018]
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Eric-Jubilado
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le 17 mars 2018

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