Europe de l'ouest, époque médiévale : Une troupe de mercenaires se fait trahir par un noble après l'avoir aidé à reconquérir sa ville. Guidés par Saint Martin, ils prévoient donc de se venger.
Il est rare d'avoir des synopsis aussi attirant, et en plus de ça, avec Paulo derrière la caméra !
C'est un petit pas pour lui, et un grand dans son ascension vers les Etats-Unis, quittant pour la première fois les Pays-bas après le scandale provoqué par Le Quatrième Homme, pour tourner en Espagne.
Il braque surtout sa caméra sur Martin, le chef des mercenaire, et tout va passer devant sa caméra, l'imagerie médiévale avec ses châteaux, armes et seigneurs, la peste, la religion, la violence, le sexe ou l'alcool, créant une atmosphère totalement fascinante. Autour de la figure principale quasi-christique, il fait vivre une galerie de personnage allant à merveille avec cette ambiance, jouant avec les clichés et créant un minimum d'ambiguité (bon, moins que ses films précédents certes) autour des protagonistes et enjeux.
Si le tournage a été difficile (absence d'une liberté totale, relation exécrable avec Rutger Hauer etc) et qu'aujourd'hui, Verhoeven ne garde pas un bon souvenir de ce film, il n'en reste pas moins inspiré, que ce soit pour l'action (la scène avec le "char" de De Vinci est extra) ou lorsque les personnages iront au bout de leur destin. Surtout, il n'oublie jamais le titre de son film, de la chair et du sang, auquel on peut rajouter autant de brutalité et de violence, physique ou sexuelle, avec une touche de fanatisme religieux permettant aux hollandais de continuer d'être dans la subversion.
L'humain est au cœur du film, évidemment, mais il use aussi de nombreux symboles pour reflété sa vision du monde dans celle qu'il donne au Moyen-âge, un monde violent et fou où l'homme laisse libre cours à ses instincts primaires. Jamais lourd, il maîtrise ses excès, la tension est là dans les moments adéquats et il nous transporte dans une époque médiévale dont il sublime la belle reconstitution (décors, costume etc).
Jouant avec les codes du genre, il met en place une atmosphère de plus en plus mystique, confondant par moment la nature humaine et religieuse, et retranscrit toute la fascination et l'attrait que l'on peut y trouver, le tout sublimé par la bande originale signée Basil Poledouris.
C'est un petit pas pour Verhoeven qui n'aura pas de bons souvenirs du tournage, mais un grand pas pour les États-Unis qui découvre avec La Chair et le sang, un cinéaste aussi talentueux que subversif, détournant les codes pour mieux mettre en valeur sa vision du monde et de la nature humaine, et qui s'apprête donc, à mettre Hollywood à ses pieds.