7
le 7 déc. 2023
SuivreRuines et idéal
Qui connaît le cinéma d’Alice Rohrwacher sait qu’il renferme un univers singulier et aux frontières mouvantes. Renouant avec l’esthétique à gros grain argentique des Merveilles, la cinéaste embarque...
Qu’est-ce qui fait que "La Chimera" me touche à ce point ?
C’est difficile à dire sans tomber dans quelque chose de trop abstrait (et pourtant le film lui-même ne cesse de glisser vers l’abstraction, le mythe, le merveilleux). Je crois que cela tient d’abord à cette circulation secrète, de "porosité" donnée à voir entre les vivants et les morts, à cette manière qu’a Rohrwacher de laisser les deux mondes cohabiter dans le même plan, la même lumière. Arthur (Josh O’Connor) — déguigandé, voûté, regard ailleurs — possède un don aux reflets d'or qui cependant ne comble rien. Et ce manque irrigue tout le film. Autour de lui papillonnent des femmes (toujours des femmes) : Italia (lumineuse, imprévisible, donnée à voir comme un être presque trop vivant pour lui), la vieille mère (Isabella Rossellini) engoncée dans une aristocratie poussiéreuse au palais friable, à la fois grotesque et infiniment mélancolique et la disparue, surtout, dont le souvenir n’a rien de spectaculaire mais agit comme un aimant silencieux. Quelque chose circule entre elles. Une circulation d’affects, oui.
Ici, pas de scène cathartique, d’explosion de larmes, pas de révélation qui viendrait tout renverser. Ce cinéma installe autre chose — une tension basse, persistante, organique.
Je réfléchis et me dis que c’est peut-être cela qui me bouleverse : cette manière de filmer les visages comme s’ils portaient déjà leur propre disparition. La pellicule granuleuse, les couleurs un peu passées donnent l’impression que chaque plan forme déjà un souvenir.
Les tombaroli creusent la nuit, déterrent des objets anciens, les vendent, on observe ces corps fatigués aux élans maladroits, cette camaraderie un peu triste. On sent chez eux le désir d’une échappée, du "jackpot", mais aussi le lien entretenu avec quelque chose de plus ancien qu’eux.
Tout ceci tend à conférer une dimension mystique au film, qui tend en fait vers autre chose, une sorte de poésie concrète. Pour un instant, accepter de laisser les fantômes respirer.
Créée
le 19 févr. 2026
Critique lue 10 fois
7
le 7 déc. 2023
SuivreQui connaît le cinéma d’Alice Rohrwacher sait qu’il renferme un univers singulier et aux frontières mouvantes. Renouant avec l’esthétique à gros grain argentique des Merveilles, la cinéaste embarque...
4
le 7 déc. 2023
SuivreC'est ma toute première vision d'un film de la réalisatrice italienne Alice Rohrwacher. Même si sur les plans de l'histoire et des personnages, les longs-métrages sont indépendants les uns des...
7
le 5 juil. 2023
SuivreAlice Rohrwacher aime les sans-grade, ceux qui vivent en marge et s'arrangent avec l'existence, sans pour autant les idéaliser. C'en est ainsi pour les pilleurs de tombes étrusques dans La Chimère,...
9
le 11 mai 2025
SuivreBouquin acheté il y a plusieurs mois et dont je peux enfin attester de la qualité d'écriture (tranchante, parataxique, sans ambages) et du traitement remarquable d'une thématique qui m'intéresse...
8
le 29 avr. 2025
SuivreUn bouquin fort éclairant sur la ville. La ville comme entité à la fois familière et sauvage, déclinée en plusieurs genres/modèles selon les époques et les désirs/objectifs politiques, religieux ou...
9
le 29 avr. 2025
SuivreHenry Bauchau disait un jour : « un tableau, il faut aussi qu'on l'entende... ». C'est quelque chose qui m'a immédiatement frappé : dans les premières pages de « Tout seul », nous suivons le vol...