La dégustation est une comédie romantico-dramatique qui met en scène un caviste au coeur fragile et une obstétricienne au coeur tendre.
Ca a l'air d'une histoire de coeur et c'en est une.
Car en deçà du synopsis, que je ne reprendrai pas, ce serait plutôt l'histoire d'un apprentissage, d'une conquête. Derrière une tentative a priori superficielle de divertir autour de deux comédiens qui connaissent parfaitement la partition de l'autre, il s'agit de mettre en scène une dialectique de l'Amour à travers la dégustation, qui devient la temporalité, le tempo de la rencontre ; mais une rencontre elle-même inscrite dans un temps particulier de la vie de leurs charachters : celle de la seconde partie de la vie : peut-on espérer le bonheur dans l'amour malgré les apories de la vie ?
Ivan Calbérac a choisi d'en parler à travers le processus de la dégustation.
On notera que cette allégorie du goût se retrouve illustrée de manière absolument somptueuse dans le film d'Agnès Jaoui Le Goût des Autres, mais dans un registre beaucoup plus dramatique et métaphorique.
Mais revenons à La Dégustation.
Quelle est la place du vin dans cette rencontre et quelle portée donne-t-il au propos du film ?
Le vin est pris comme un objet médiateur, un objet tiers qui permet la rencontre sans confrontation directe, par une mise en relation en douceur, en évitant une irruption brutale du désir, il est le chemin entre ce que ressentent les protagonistes au dedans et cette relation qui naît entre eux.
Tout commence par la maladresse de la rencontre, et cette émergence du désir, qu'il soit trop ou pas assez.
Le temps de la dégustation est le temps d'apprécier, de connaître : d'abord on regarde, ensuite on respire et enfin on goûte, on boit, mais pas tout, pas trop vite, pas totalement. Le vin, comme le désir se déploie dans le manque, et c'est cela qui émerge alors, et devient le maître mot du film : le manque qui permet la rencontre, tout en acceptant son impossibilité à nous combler, ou même à nous comprendre. Ainsi, Jacques va lâcher peu à peu ses tentatives de contrôle sur sa vie et accepte d’être pris par le sentiment amoureux ; Hortense acceptera de ne pas tout obtenir immédiatement. Bref, ils se rencontrent dans leurs différences, dans leur acceptation du manque.
Et puis je ne peux pas ne pas parler du personnage de Steve. Steve est un jeune homme en réinsertion, il sert la représentation du surgissement, en dehors de la dyade amoureuse, l'enfant. Celui qui va changer la donne. L'enfant échappe au contrôle, aux règles, il questionne, déplace, bouscule, il anime, il réveille, il décentre. Il est en l'occurrence la métaphore du fils perdu et du fils désiré; mais pour cela, il va falloir que Jacques et Hortense opèrent des déplacements en eux-mêmes.
Bernard Campan est comme toujours très juste et très émouvant, Isabelle Carré est d'une grande élégance, quant à Mounir Amamra, il apporte cette touche pétillante, un peu folle qui fait voler en éclat les murs rigides que se sont imposés Jacques et Hortense.
Voilà. Tout cela pour dire que ce petit film a priori montre avec délicatesse une jolie relation qui se bâtit sur ce que l'on croit être les ruines et les douleurs de la première vie, dans une écriture rythmique plutôt lente et un humour discret.
Mais ce n'est que mon avis.
Bonne séance !