La Dernière Campagne
4.8
La Dernière Campagne

Téléfilm de Bernard Stora (2013)

Moi président, j'interdirais la production de telles bouses

La présidentielle de 2012 a donc été gagnée par Jacques Chirac, un postulat intéressant et qui l'est d'autant plus qu'il traite d'une situation politique encore fraîche. Malheureusement tout ceci est un énorme gâchis puisque tout, ou presque, est complètement foiré dans cette "dernière campagne".

D'une part le scénario de Chirac qui tire les ficelles en coulisse reste incroyablement lisse et l'ancien homme fort du RPR tient plus du génie d'Aladdin que de Machiavel. D'un côté on a le vilain Sarkozy ivre de pouvoir entouré en permanence de ses conseillers qu'il prend tous pour des cons et vice versa. De l'autre on a le débonnaire François Hollande qui refuse de trahir une promesse électoral et qui fait la cueillette aux champignons. Au milieu Chirac est un side-kick comique, un peu genre Chris Tucker dans Rush Hour, qui fait des bonnes blagues à la moindre occasion et qui insufle à lui seul toutes les grandes étapes de la campagne présidentielle.

Je n'ai jamais caché mon antipathie envers Nicolas Sarkozy, ni mon penchant naturel pour les partis de gauche mais là c'est vraiment ridicule. Où est la subtilité ? Où est la subversion ? Où est l'analyse ? Il n'y a là que de la caricature grossière et des grosses ficelles usées. Sarko est un gros con, Hollande un chouette type trop gentil et Chirac un petit malin sympathique. Merci la profondeur psychologique, à quoi bon s'attaquer à un sujet pareil si c'est pour se vautrer dans les clichés véhiculés par les Guignols de l'info ? Eux, c'est leur métier la caricature, là on cherche l'authenticité (comme en témoigne lourdement les insert de vrais discours politique de l'époque) et on obtient un truc moins pertinent encore. Il faut voir la scène où Patrick Buisson insuffle les thèmes de prédilections de l'extrême droite à Sarkozy avec l'élégance et la subtilité d'un éléphant armés de lance-flamme dans un magasin de crystal. Et Sarkozy qui s'arrête et dit "il est doué, hein ?". Lamentable.

Dans le même ordre d'idée les dialogues sont copieusement nuls et didactiques, puisqu'on est dans une mission de service public. Quand Chirac taquine Sarkozy en lui disant qu'il se venge de l'alliance avec Baladur le scénariste/dialoguiste/réalisateur se sent obligé de faire préciser à Chirac le jour, le mois, l'année et le lieu de la trahison, pour un peu on aurait l'heure et la chaîne de télé qui en a parler en premier. On a plus tard le bon vieux cliché de Chirac qui se parle dans le mirroir en faisant un état des lieux de ce qu'il vient de se passer, des fois que toi, spectateur, tu sois suffisamment con pour oublier les scènes que tu viens juste de voir. Cependant le personnage de Bernadette Chirac est peut-être le mieux lotti, personnage secondaire mais qui est le seul à maintenir un peu de subtilité.

Mais tout ceci ne serait rien sans l'interprétation lamentable de la grande majorité du casting. Bernard Le Coq en Chirac n'est pas le plus mauvais et arrive à capter l'attention mais son numéro de petit vieux est vu et revu et re-revu. Patrick Braoudé en François Hollande est honteux avec ses grands gestes et ses mimiques appuyés à l'extrême. On n'est pas un acteur avec une carrière de merde par hasard. Mais le pire de tous reste, étrangement d'ailleurs, Thierry Frémont en Nicolas Sarkozy. Sa prestation est au delà du lamentable, elle est même embarrassante pour le spectateur. Les fameux tics de l'homme politique se transforment ici en syndrome de Tourette, il fait la moue comme Danny Boon imiterait une caricature de Robert DeNiro, il déclame ses dialogues nuls en en faisant des tonnes. Le style Sarkozy est très porté sur l'exagération et la mise en scène, le piège était d'en rajouter encore plus et bingo ! C'est exactement ce qu'il se passe. De fait on n'y croit jamais, pas une seule fois. Là encore seule Bernadette tire son épingle du jeu grâce à une Martine Chevallier convaincante.

En plus de proposer un scénario simpliste et des dialogues miteux, Bernard Sora fait une mise en scène d'une platitude totale qui permet à son film de décrocher le label "La fiction française". Aucune tension, aucun point de vue, aucune intention, rien. Le vide. Seule entorse : quand Chirac débloque, des séquences entre hallucinations et onirisme qui tombent à plat, hormis la dernière séquence. La faute à un travail esthétique moche et sans intérêt et à l'interprétation scandaleuse des comédiens.

Un téléfilm minable.
Vnr-Herzog
2
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le 18 avr. 2013

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28
6

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