Il m'aura fallu trois essais pour en venir à bout. Les deux premiers m'auront trop pincé le coeur. Le pitch annonce du mesquin. On voit Luchini se diriger vers un train en gare pour retrouver sa femme. Or, elle sort du wagon en compagnie d'un autre homme. Il décide de se venger, des femmes en général, en en séduisant une avant de la quitter et en écrivant son forfait dans un journal destiné à une future publication.
Finalement, c'est Catherine qui m'aura le plus distrait. Elle affiche une candeur dont on se dit qu'elle est trop dans la symétrie du piège qui lui est tendu, mais on se trompe. Au fur et à mesure, quelques pointes font des excursions en dehors de sa timidité. Elle qui semble si gracile, avec ses grands yeux, sa voix de petite fille, on la surprend à soutenir un regard effrontément, à demander à Luchini de se taire une minute pour voir. En réponse à Luchini l'intello, elle affiche une philosophie plus ouverte sur les expériences, sur le vivre, on découvre en elle un passé pas dénué de relief, qui ne constitue pourtant pas une source de vantardise. La discrète l'est bel et bien, au contraire de Luchini. Lui semble brasser du vent, ses références aussi, tandis qu'elle semble espérer quelque chose de la vie. Rien de transcendant, des bonheurs fugaces, une succession de petits plaisirs. Elle vit des choses et refuse qu'on lui fasse des histoires. C'est donc presque une intrigante que trouve Luchini. Presque parce que je considère qu'une intrigante rechercherait le vice pour lui-même, alors que ce n'est pas le cas de Catherine. Finalement, elle pourrait donner à Luchini une matière à trouver du romanesque en dehors de ses livres... A sa vanité, elle répond par l'indifférence et Luchini, d'habitude si conscient de la séduction qu'il provoque, pourrait trouver la frustration qui le retiendrait.