Ensevelies. Enterrées. Mortes. Marianne ( Mélanie Thierry) joue toutes ces femmes bannies de la vitalité sous la tyrannie silencieuse , flasque et bon-teint de son mari. Effacées, muselées, gardes malades des pères, bonnes des enfants et serviles du domaine, elles ne servent à rien d’autre qu’asseoir la peudo-lignée de leur bourgeois de mari. D’elles, elles ont tout oublié. Les traumatismes de jeunesse comme les extases. Chez ces femmes l’exil est total et larvé donc pire. On pourrait à peine la remarquer tant elles sont femmes de décor, femmes papier-peint. La ruine de soi proche. Les jouissances à bas bruit . Tous les hommes adultes sont lâches, fuyants ou puants sauf un venu de l'enfance( interprété avec grâce par Jéremy Rénier)
Marianne remarquablement interprétée par Mélanie Thierry( toujours plus subtile et Gena Rowlandienne) est l’une d’elles. Pas déchue. Absente. À côté d’elle-même. Inexistante. Ravalée systématiquement au rôle de la femme fragile, intérieurement déjà morte( ce que fantasme rigidement sa fille aînée) qui aurait besoin d’un séjour en maison de repos si elle ose dire un jour qu’elle va prendre l’air.
David Roux a le don de filmer cette histoire d’un double point de vue: celui des baies vitrées de cette maison angevine faisant office de symptôme-écran du malaise familial et celui d'une direction d’acteurs hors pair( Éric Caravaca juste dans l’abjection sournoise, Sara le Picard magistrale en sœur du mari, femme affranchie et royale dans sa manière de dissoner, d'affirmer avec aisance et sans-gêne une saine hystérie). La Femme de cherche du côté de Chabrol, Sautet, Cédric Kahn( Fête de famille) un air de famille mais se tient avec langueur, douceur, consistance romanesque et vérité dans un style bien à soi. L’affirmation d’une délivrance par l’amour, l’éveil à d’autres modalités d’existence. L’œuvre est sensible, juste, harmonieuse, littéraire, ouverte et nous invite à imaginer-partir-vivre.