(Critique flash) -
La Femme des Neiges est un conte japonais lui aussi très connu grâce à Kwaidan, au même titre que Le Fantôme de Yotsuya.
On voit que beaucoup de contes de yokai mettent en scènes des femmes malheureuses. C'est aussi un peu le cas de la Femme des Neiges.
D'abord là pour tuer avec son regard jaune terrifiant, elle connaît l'amour et fait même un enfant, mais est obligée d'y renoncer telle Eurydice trahie par Orphée. Le concept de la relation avec un être surnaturel conditionné au secret sera aussi repris dans Tales of the Dark Side en 1985, mais avec une sorte de gargouille au lieu d'un esprit des glaces.
À la différence de Kwaidan, cette version de 1968 rajoute une intrigue avec un intendant violent et jaloux, ainsi qu'un concours pour faire la plus belle statue de Kannon, la déesse japonaise de l'amour (d'inspiration bouddhiste).
Mais au moins, dans cette version, Yuki la femme des neiges a l'occasion de faire le bien :
elle guérit un enfant malade, protège son mari et son enfant, puis tue l'Intendant violent (qui avait tué la femme du maître sculpteur de son mari).
Yuki apprend aussi à son fils une chanson qui illustre bien le propos du film :
♫Derrière la maison, vivait autrefois un serpent. C'est une tortue à présent qui y vit♫
Le film fait aussi la part entre prêtres humbles et gourous félons, nuançant son propos. C'est aussi déchirant de voir Taro (le fils de Yasuko et Yuki) pleurer en voyant sa mère obligée de partir car sa nature lui empêche d'être humaine longtemps. Mais vu aussi que Yasuko est rouge de vie, et Yuki blanche de froid, dur de dire s'ils étaient compatibles ou contradictoires.
La faute à Yasuko incapable de tenir sa langue comme dans toutes les versions, tel Orphée incapable de ne pas se retourner pour garder Eurydice. Deux hommes qui prétendent aimer leurs femmes, mais sont au final plus occupés à chanter ou sculpter et damnent leurs proches avec un rien. À se demander ce qu'ils aiment le plus entre le vivant et leurs œuvres...
Un peu ironique, vu que les deux voyaient dans leurs femmes la preuve à la fois humaine et divine de l'amour bienveillant.